Rencontrez Tom, Joe, Cal et Martina: les 4 grandes écoles d’apologétique

Lors de notre cours d’Apologétique à l’Institut biblique de Genève, Paul Harrison a traité des principales méthodes apologétiques. Je reproduis ici sa synthèse des 4 grandes écoles d’apologétique et sa traduction d’un extrait de livre expliquant comment les 4 écoles se distinguent.

Paul Harrison:

Il y a différentes manières de faire de l’apologétique et ce n’est pas toujours aisé de classifier les méthodes. Voici une tentative:

tableau-ecoles-apologetique

Tiré de Kenneth Boa et Robert Bowman: Faith Has Its Reasons: An Integrative Approach to Defending Christianity; An Apologetics Handbook.

En résumé:

  1. Classique: L’école classique s’appuiera sur la raison pour argumenter la véracité du christianisme.
  2. Évidentialiste: L’école évidentialiste s’appuiera sur diverses « attestations », soit l’histoire (ex: la présence de l’Église à ce jour encore), le miraculeux (ex: la résurrection), le cosmos (ex: la complexité de l’existence), la morale, la philosophie, l’expérience religieuse.
  3. Présuppositionaliste: L’école présuppositionaliste s’appuiera sur la cohérence de la révélation des Écritures pour mettre en évidence les incohérences dans la vision du monde de l’interlocuteur.
  4. Fidéiste: L’école fidéiste s’appuiera sur le témoignage personnel ou l’invitation à lire la Bible.

Comment argumentent ces 4 écoles d’apologètes?

Comment quatre défenseurs de ces approches répondraient aux défis apologétiques posés par Sarah et Murali, nos deux non-chrétiens hypothétiques?

Rappelons que Sarah est une sceptique qui s’est écartée de la foi chrétienne en raison de ses exigences morales. Elle est troublée par le problème du mal. Murali est un hindou non pratiquant vivant aux États-Unis qui croit que toutes les religions sont fondamentalement les mêmes. Nos quatre apologètes représentent les quatre approches: Tom (classique), Joe (évidentialiste), Cal (présuppositionaliste) et Martina (fidéiste).

Tom (classique)

L’approche de Tom vis-à-vis de Sarah et Murali suivrait une méthode en deux étapes courantes dans l’apologétique classique. D’abord, il exposerait l’incohérence logique de leurs positions. Il pourrait expliquer à Sarah que le concept du mal sur lequel elle fonde son rejet de l’existence de Dieu implique logiquement une norme morale absolue, qui ne peut venir que d’un Créateur transcendant. Tom dirait probablement à Murali qu’il est logiquement impossible pour les religions aux visions du monde si différentes – le panthéisme (hindouisme) et le monothéisme (judaïsme, l’islam et le christianisme) – d’être toutes vraies.

Deuxièmement, Tom offrirait des réponses soigneusement construites aux objections non-chrétiennes vis-à-vis du christianisme. Il répondrait probablement au problème du mal de Sarah en expliquant que Dieu a un but plus élevé en permettant le mal et qu’Il finira par vaincre le mal par le bien. Il insisterait probablement aussi sur le fait que si Dieu a permis le mal, il n’en est pas la cause; les êtres humains ont causé le mal par l’exercice de leur libre volonté. En réponse à l’affirmation de Murali (Dieu doit approuver les différentes religions puisqu’il leur a permis de prospérer), Tom attribuerait également les différentes religions à la liberté des êtres humains à suivre leur propre chemin. Il proposerait alors l’examen des visions du monde de chaque religion pour déterminer laquelle d’entre elles, le cas échéant, a offert une vision cohérente du monde.

Joe (évidentialiste)

L’approche évidentialiste de Joe serait de présenter des faits dont il croit qu’ils soutiennent la position chrétienne et sapent les objections non-chrétiennes. Il montrerait sans doute à Sarah les preuves abondantes en faveur d’un Dieu créateur, bon et puissant et affirmerait dans le même temps que ces évidences l’emportent sur la question du mal coexistant avec Dieu.

Les faits que Joe apporterait pourraient être variés, mais il est susceptible d’inclure des preuves scientifiques concernant les origines de l’univers, un dessein intelligent à son origine ainsi que la preuve historique des signes miraculeux de Dieu dans la Bible. Joe présenterait les mêmes faits à Murali comme preuve à l’encontre des religions non théistes et à l’appui de l’affirmation que le Dieu de la Bible est en fait le vrai Dieu.

Cal (présuppositionaliste)

Tout d’abord, Cal dirait que Sarah et Murali présupposent leur autonomie propre ou “autonomie » de juger par eux-mêmes de ce qui est vrai et juste. L’affirmation de Sarah que Dieu ne doit pas être bon s’il permet le mal présuppose qu’elle est en mesure de déterminer pour elle-même, à partir d’elle-même, la norme de bonté à laquelle Dieu lui-même doit se conformer. L’affirmation de Murali que Dieu n’aurait pas permis tant de religions différentes, s’il voulait que l’on croie en un seul Dieu présuppose aussi sa compétence à juger ce que Dieu doit ou ne doit pas faire. Alors, Cal leur rappellerait ce qu’ils savent déjà dans leur cœur: qu’ils ne sont pas Dieu et que leurs prétentions à l’autonomie sont symptomatiques de leur positionnement ainsi que celui du reste de l’humanité : leur rupture avec Dieu.

Deuxièmement, Cal ferait valoir que c’est seulement sur la base du présupposé que le Dieu des Écritures est réel que nous pouvons rendre compte avec cohérence des concepts de bonté et de justice; des concepts auxquels Sarah et Murali s’appuient dans leurs arguments contre le christianisme. L’objection de Sarah face au problème du mal présuppose qu’il y a une norme de bonté par laquelle le mal est jugé. Pourtant, en niant l’existence de Dieu, elle est laissée sans aucune base rationnelle pour juger quoi que ce soit. Murali soutient que si Dieu a permis à de nombreuses religions de prospérer, c’est donc que c’est un Dieu juste et équitable. Mais cette idée ne peut être justifiée que sur la base d’un Dieu qui est à la fois Créateur personnel et juge. Cela encore nous ramène à Dieu tel que les Écritures nous le présentent.

Martina (fidéiste)

Notre quatrième apologète, Martina, adopterait une approche très différente de celle des trois autres. Selon elle, les arguments directs de Tom et Joe et l’argument indirect de Cal sont problématiques parce qu’ils traitent Dieu comme un objet d’argumentation rationnelle plutôt que comme une personne avec qui Sarah et Murali ont besoin d’avoir une relation.

Martina mettrait elle-même l’accent sur la relation qu’elle a avec eux plutôt que sur des arguments. Elle essaierait d’apprendre à les connaître et à les aider à voir les problèmes personnels sous-jacents à leurs questions et leurs objections. Par exemple, elle essaierait d’amener Sarah à se rendre compte qu’elle s’est déjà interrogée sur Dieu avant que son professeur de philosophie lui aie donné des munitions intellectuelles contre le christianisme. Était-ce Dieu qui semblait indifférent ou certains chrétiens qu’elle connaissait? Martina soulignerait probablement la compassion et l’amour de Dieu, qui sont bien plus importants que tout sentimentalisme humain. Dieu veut vraiment notre bien, même si ce bien est atteint par le biais de la souffrance.

Martina pourrait demander à Murali pourquoi, s’il pense que toutes les religions sont de bons moyens pour le même but, il ne semble pas suivre l’une d’eux sérieusement. La seule chose sur laquelle la quasi totalité des religions insiste, c’est un engagement personnel profond, et Murali ne semble pas l’avoir. Martina pourrait le mettre au défi d’examiner les différentes religions avec la question: dans laquelle peut-il s’engager pleinement? Martina, quant à elle, dirait probablement qu’elle refuserait de s’engager de manière absolue à toute autre philosophie ou religion. Dieu – le Dieu personnel qui parle, agit et nous a aimé en Jésus – est le seul digne de notre confiance et d’un engagement absolu.

Traduit par Paul Harrison. Tiré de Kenneth Boa et Robert Bowman: Faith Has Its Reasons: An Integrative Approach to Defending Christianity; An Apologetics Handbook

Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Marié avec Hanna, ils sont parents du petit Noah et font partie d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy, une ville à 40 minutes à l’Est de Lyon. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Il aussi le créateur de plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).

http://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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  • Je pense que le présuppositionalisme et l’évidentialisme se combinent et se complètent très bien. Le présuppositionalisme est efficace pour discuter avec des non-théistes : nier tout fondement à tous leurs jugements logiques ou moraux est vraiment une stratégie redoutable (quoique exaspérante pour le non-théiste).

    J’ai écouté « How to Answer the Fool » (http://store.americanvision.org/products/fool ), un documentaire mettant en scène un apologète présuppositionaliste qui débarque sur des campus progressistes aux États-Unis et qui argumente avec des passants. Ensuite, j’ai testé le présuppositionalisme avec un ami chrétien (qui jouait l’avocat du diable pour les fins de la discussion) et je me suis rendu compte que je tenais vraiment le haut du pavé.

    Cependant le présuppositionalisme n’est pas toujours suffisant, surtout face à un interlocuteur théiste qui adhère déjà à un système de croyance *relativement* cohérent. Dans une conférence sur Cornelius van Til donnée par un de ses étudiants et collaborateurs, Greg Bahnsen, ce dernier argumentait que l’hindouisme et l’islam ne tiennent pas debout à cause des contradictions internes de ces religions. Or argumenter comme cela, c’est avoir une approche évidentialiste : on prend des évidences extra-bibliques et on les aligne comme arguments en faveur du christianisme. Si Bahnsen a fait cela, c’est sans doute car les adhérents des religions susdites intégraient déjà dans leur vision du monde une déité omnipotente et omnisciente qui est (présumément) à l’origine du vrai et du bien. Ainsi, on ne peut pas dire à ces théistes non-chrétiens : « ton système ne rend pas compte de la logique et de la moralité ». Alors on a pas le choix de se tourner vers des évidences historiques, scientifiques ou archéologiques pour démontrer la validité exclusive du christianisme.

    • Bonjour Tribonien, on est bien d’accord. Le présuppositionalisme est redoutable. J’ai clairement un faible pour cette école. Mais faut savoir manier les arguments. J’ai l’impression que ça ne fonctionne pas trop non plus avec les personnes qui ne se posent pas trop de questions. Ça ne les dérange pas qu’on leur montre qu’ils n’ont pas les fondements pour avoir une logique ou une moralité.

      Je ne connais pas assez bien l’apologétique pour dire si certaines écoles se marient mieux que d’autres. Mais beaucoup semblent ne pas être vraiment dans une seule case.

    • C’est justement ce que Bahnsen ne fait pas (présenter des preuves historiques). Au contraire pour détruire l’islam (https://www.youtube.com/watch?v=T4dE7ocGPVM&list=PLUmosUssnsj4xzdZnk15vAgJid0y7abcX&index=5), il montre les contradictions internes dans le coran, ce qui est une méthode propre au présuppositionnalisme, aussi appelée réduction par l’absurde, reductio ad absurdum ou impossibilité du contraire d’après l’expression de Van Til (bien que même les « évidentialistes » utilisent aussi cette méthode, par exemple W. L. Craig dans Foi raisonnable lorsqu’il montre l’absurdité de la vie si Dieu n’existe pas dans le premier chapitre). Pour des contradictions internes, il suffit de jeter un coup d’œil dans les ouvrages évidentialistes. Pour les religions asiatiques, un exemple : si le bien et le mal ne sont qu’illusion, cela contredit la réalité (voir l’exemple de Schaeffer, le bouddhiste qui croit cela s’écarte lorsqu’on tente verser sur lui de l’eau bouillante). Je suis sûr qu’il y en a plein d’autres …

      Je crois au contraire, que le présuppositionnalisme marche autant avec « une déité omnipotente et omnisciente » qu’avec les philosophies qui la nient (ex : l’athéisme, agnosticisme, scepticism).

      Seul le christianisme présente un Dieu véritablement omnipotent et omniscient (ce que ne font pas les autres philosophies même si elles l’affirment, de plus très souvent, voir toujours, elles n’utilisent pas ces termes de la même manière que le christianisme). Un dieu déiste et Allah d’après les courants libertariens acceptant un libre-arbitre non déterminé (opposés au fatalistes&déterministes, d’après ce que j’ai compris il n’y a pas de consensus), par exemple, qui ne contrôle pas l’univers (qui l’a seulement crée) et donc soumis au hasard n’est clairement pas omniprésent ni omniscient.

      Seul le christianisme offre une base épistémologique solide pour rendre compte des lois de la logique et de la réalité. Toutes les autres philosophies réduisent l’intelligibilité à néant. Par exemple, Allah, le Dieu de l’islam, le dieu des déistes (exemple : celui de Lumières) et les dieux des Grecs et des Romains sont incapables de réconcilier l’un et le multiple (en anglais : the problem of the one and many), condition indispensable pour l’intelligibilité de toute proposition et la possibilité de n’importe quelle connaissance. Allah et le dieu des déistes sont limités par leur unité tandis que les dieux des polythéistes le sont par leur diversité. Seul le Dieu trinitaire fournit à la fois unité et diversité pour assurer l’intelligibilité. Pour plus d’informations sur la manière dont le Dieu biblique est le seul permettre la connaissance voir l’excellente article de James N. Anderson (en plus des arguments de Van Til, on retrouve ceux de Plantinga) : https://pdfs.semanticscholar.org/0072/ec376ae6892ba4cb8636aeba713424b88443.pdf

      Pour ce qui est des évidences historiques et archéologiques, Van Til n’avait rien contre ces choses en soi. Je pense que les termes « présuppositionnalisme » et « évidentialisme » sont trompeurs. Le premier courant ne rejette pas les preuves en soi mais seulement lorsqu’elles sont formulées dans un cadre qui présuppose une raison autonome qui fonctionne sans Dieu. Le deuxième ne rejette pas les présupposés et leur remise en question : les premiers apologètes que j’ai entendu réduire à l’absurde la vision athée de la morale et du sens de la vie sont évidentialistes (W. L. Craig, Geisler). Ce qu’il refuse d’accepter, c’est la séparation entre les systèmes chrétiens et non-chrétiens au point qu’il n’ont rien en commun épistémologiquement parlant à cause de présupposés entièrement différents. Après, c’est vrai (à ma connaissance) que Van Til, Bahnsen et les autres présuppositionnalistes n’ont pas beaucoup développé l’utilisation pratique des preuves (« évidences ») dans le présuppositionnalisme. Frame est peut-être celui qui a le plus tenté son coup, il faudrait lire son livre Apologetics a justification of christian belief (ce que je n’ai pas fait) où il a des chapitres consacrés aux preuves théistes classiques (cosmologique, ontologique etc).

    • Mon commentaire été supprimé ?

      • Salut Laurent, c’est bizarre. Je vois ton commentaire dans mon tableau de bord et il semble validé, mais effectivement il n’apparait pas. Je te l’envoie pour que tu le repostes! 🙂

    • C’est justement ce que Bahnsen ne fait pas (présenter des preuves historiques). Au contraire pour détruire l’islam (https://www.youtube.com/watch?v=T4dE7ocGPVM&list=PLUmosUssnsj4xzdZnk15vAgJid0y7abcX&index=5), il montre les contradictions internes dans le coran, ce qui est une méthode propre au présuppositionnalisme, aussi appelée réduction par l’absurde, reductio ad absurdum ou impossibilité du contraire d’après l’expression de Van Til (bien que même les « évidentialistes » utilisent aussi cette méthode, par exemple W. L. Craig dans Foi raisonnable lorsqu’il montre l’absurdité de la vie si Dieu n’existe pas dans le premier chapitre). Pour des contradictions internes, il suffit de jeter un coup d’œil dans les ouvrages évidentialistes. Pour les religions asiatiques, un exemple : si le bien et le mal ne sont qu’illusion, cela contredit la réalité (voir l’exemple de Schaeffer, le bouddhiste qui croit cela s’écarte lorsqu’on tente verser sur lui de l’eau bouillante). Je suis sûr qu’il y en a plein d’autres …
      Je crois au contraire, que le présuppositionnalisme marche autant avec « une déité omnipotente et omnisciente » qu’avec les philosophies qui la nient (ex : l’athéisme, agnosticisme, scepticism).
      Seul le christianisme présente un Dieu véritablement omnipotent et omniscient (ce que ne font pas les autres philosophies même si elles l’affirment, de plus très souvent, voir toujours, elles n’utilisent pas ces termes de la même manière que le christianisme). Un dieu déiste et Allah d’après les courants libertariens acceptant un libre-arbitre non déterminé (opposés au fatalistes&déterministes, d’après ce que j’ai compris il n’y a pas de consensus), par exemple, qui ne contrôle pas l’univers (qui l’a seulement crée) et donc soumis au hasard n’est clairement pas omniprésent ni omniscient.
      Seul le christianisme offre une base épistémologique solide pour rendre compte des lois de la logique et de la réalité. Toutes les autres philosophies réduisent l’intelligibilité à néant. Par exemple, Allah, le Dieu de l’islam, le dieu des déistes (exemple : celui de Lumières) et les dieux des Grecs et des Romains sont incapables de réconcilier l’un et le multiple (en anglais : the problem of the one and many), condition indispensable pour l’intelligibilité de toute proposition et la possibilité de n’importe quelle connaissance. Allah et le dieu des déistes sont limités par leur unité tandis que les dieux des polythéistes le sont par leur diversité. Seul le Dieu trinitaire fournit à la fois unité et diversité pour assurer l’intelligibilité. Pour plus d’informations sur la manière dont le Dieu biblique est le seul permettre la connaissance voir l’excellente article de James N. Anderson (en plus des arguments de Van Til, on retrouve ceux de Plantinga) : https://pdfs.semanticscholar.org/0072/ec376ae6892ba4cb8636aeba713424b88443.pdf
      Pour ce qui est des évidences historiques et archéologiques, Van Til n’avait rien contre ces choses en soi. Je pense que les termes « présuppositionnalisme » et « évidentialisme » sont trompeurs. Le premier courant ne rejette pas les preuves en soi mais seulement lorsqu’elles sont formulées dans un cadre qui présuppose une raison autonome qui fonctionne sans Dieu. Le deuxième ne rejette pas les présupposés et leur remise en question : les premiers apologètes que j’ai entendu réduire à l’absurde la vision athée de la morale et du sens de la vie sont évidentialistes (W. L. Craig, Geisler). Ce qu’il refuse d’accepter, c’est la séparation entre les systèmes chrétiens et non-chrétiens au point qu’il n’ont rien en commun épistémologiquement parlant à cause de présupposés entièrement différents. Après, c’est vrai (à ma connaissance) que Van Til, Bahnsen et les autres présuppositionnalistes n’ont pas beaucoup développé l’utilisation pratique des preuves (« évidences ») dans le présuppositionnalisme. Frame est peut-être celui qui a le plus tenté son coup, il faudrait lire son livre Apologetics a justification of christian belief (ce que je n’ai pas fait) où il a des chapitres consacrés aux preuves théistes classiques (cosmologique, ontologique etc).

    • C’est justement ce que Bahnsen ne fait pas (présenter des preuves historiques). Au contraire pour détruire l’islam (https://www.youtube.com/watch?v=T4dE7ocGPVM&list=PLUmosUssnsj4xzdZnk15vAgJid0y7abcX&index=5), il montre les contradictions internes dans le coran, ce qui est une méthode propre au présuppositionnalisme, aussi appelée réduction par l’absurde, reductio ad absurdum ou impossibilité du contraire d’après l’expression de Van Til (bien que même les « évidentialistes » utilisent aussi cette méthode, par exemple W. L. Craig dans Foi raisonnable lorsqu’il montre l’absurdité de la vie si Dieu n’existe pas dans le premier chapitre). Pour des contradictions internes, il suffit de jeter un coup d’œil dans les ouvrages évidentialistes. Pour les religions asiatiques, un exemple : si le bien et le mal ne sont qu’illusion, cela contredit la réalité (voir l’exemple de Schaeffer, le bouddhiste qui croit cela s’écarte lorsqu’on tente verser sur lui de l’eau bouillante). Je suis sûr qu’il y en a plein d’autres …
      Je crois au contraire, que le présuppositionnalisme marche autant avec « une déité omnipotente et omnisciente » qu’avec les philosophies qui la nient (ex : l’athéisme, agnosticisme, scepticism).
      Seul le christianisme présente un Dieu véritablement omnipotent et omniscient (ce que ne font pas les autres philosophies même si elles l’affirment, de plus très souvent, voir toujours, elles n’utilisent pas ces termes de la même manière que le christianisme). Un dieu déiste et Allah d’après les courants libertariens acceptant un libre-arbitre non déterminé (opposés au fatalistes&déterministes, d’après ce que j’ai compris il n’y a pas de consensus), par exemple, qui ne contrôle pas l’univers (qui l’a seulement crée) et donc soumis au hasard n’est clairement pas omniprésent ni omniscient.
      Seul le christianisme offre une base épistémologique solide pour rendre compte des lois de la logique et de la réalité. Toutes les autres philosophies réduisent l’intelligibilité à néant. Par exemple, Allah, le Dieu de l’islam, le dieu des déistes (exemple : celui de Lumières) et les dieux des Grecs et des Romains sont incapables de réconcilier l’un et le multiple (en anglais : the problem of the one and many), condition indispensable pour l’intelligibilité de toute proposition et la possibilité de n’importe quelle connaissance. Allah et le dieu des déistes sont limités par leur unité tandis que les dieux des polythéistes le sont par leur diversité. Seul le Dieu trinitaire fournit à la fois unité et diversité pour assurer l’intelligibilité. Pour plus d’informations sur la manière dont le Dieu biblique est le seul permettre la connaissance voir l’excellente article de James N. Anderson (en plus des arguments de Van Til, on retrouve ceux de Plantinga) : https://pdfs.semanticscholar.org/0072/ec376ae6892ba4cb8636aeba713424b88443.pdf
      Pour ce qui est des évidences historiques et archéologiques, Van Til n’avait rien contre ces choses en soi. Je pense que les termes « présuppositionnalisme » et « évidentialisme » sont trompeurs. Le premier courant ne rejette pas les preuves en soi mais seulement lorsqu’elles sont formulées dans un cadre qui présuppose une raison autonome qui fonctionne sans Dieu. Le deuxième ne rejette pas les présupposés et leur remise en question : les premiers apologètes que j’ai entendu réduire à l’absurde la vision athée de la morale et du sens de la vie sont évidentialistes (W. L. Craig, Geisler). Ce qu’il refuse d’accepter, c’est la séparation entre les systèmes chrétiens et non-chrétiens au point qu’il n’ont rien en commun épistémologiquement parlant à cause de présupposés entièrement différents. Après, c’est vrai (à ma connaissance) que Van Til, Bahnsen et les autres présuppositionnalistes n’ont pas beaucoup développé l’utilisation pratique des preuves (« évidences ») dans le présuppositionnalisme. Frame est peut-être celui qui a le plus tenté son coup, il faudrait lire son livre Apologetics a justification of christian belief (ce que je n’ai pas fait) où il a des chapitres consacrés aux preuves théistes classiques (cosmologique, ontologique etc).

  • Eduardo Marroquin II

    Très bonnes exemples, il faut avoir plus des material par rapport les différentes méthodologies en français, bon travail

  • Peps Cafe

    Schémas très intéressants et particulièrement utiles, pour cerner sa propre approche. J’aime bien(mais non exclusivement) la « fidéiste », personnellement(j’apprécie les paradoxes et Kierkegaard). Il me semble que certaines sont effectivement complémentaires, comme le souligne Tribonien, et que l’une et l’autre peut être pertinente selon le contexte et le public. D’ailleurs, quelles ont été les approches du Seigneur, s’il est possible de l’inscrire dans ces schémas ?

    Fraternellement et bon WE,
    Pep’s

    • Je me posais la même question. J’ai l’impression que la Bible contient de toutes les approches. Je ne sais pas si Jésus aussi les a toutes utilisées.

      • Etienne Omnès

        Présuppositionnaliste: Mc 12: 18-27 avec les saduccéens au sujet de la résurrection « Vous êtes dans l’erreur parce que vous ne comprenez ni les écritures ni la puissance de Dieu »

        Evidentialiste: Luc 7:18-23 Lorsque les disciples de Jean-Baptiste viennent voir Jésus et lui demandent s’il est celui qu’ils attendaient:
        « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres »

        Classique: Mc 12:13-17 la fameuse controverse sur l’impôt « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » Tellement simple qu’on se demande pourquoi on y a pas pensé avant^^

        Fidéiste: Je ne suis déjà pas sûr d’avoir compris de quelle approche il s’agit, et je n’ai pas d’exemples en tête. Cependant ca ne doit pas être impossible à trouver…