Interview de Daniel Liberek sur son nouveau livre: “L’ADN d’une Église qui grandit”

Mon ami Alex Lesage a récemment interviewé Daniel Liberek. Daniel est pasteur en Belgique depuis plus de 40 ans, et auteur du livre L’ADN d’une Église qui grandit. Je trouvais pertinent que leur entretien soit publié entièrement ici.

Pourquoi écrire un nouveau livre sur la croissance de l’Église? Est-ce encore une nouvelle recette miracle? Ou pour le dire autrement, quelle est la plus-value de votre livre?

Alors que j’étais dans la phase recherche concernant le socle des connaissances sur la croissance de l’Église, j’ai visité la librairie biblique « Le Bon Livre » à Bruxelles. J’ai demandé au libraire de me dresser une liste de tous les livres disponibles en français sur le sujet. Certes, il existe un grand nombre de livres sur la croissance de l’Eglise en anglais mais très peu en français et encore moins rédigés par des francophones qui travaillent en francophonie. Ici, il n’est pas question d’un livre de plus. Il est plutôt question d’un livre rédigé par un praticien de la vie et de la croissance d’une Église locale, d’un livre rédigé par un européen pour les francophones. 

Alors que je poursuivais mes recherches et études sur le sujet de la croissance de l’Église, j’ai lu quelques livres qui proposaient des solutions miracles pour assurer la croissance d’une Église. Je dois avouer n’être que modérément  intéressé par ce genre d’ouvrage proposant solution miracle et baguette magique. J’étais – et je demeure – plus en recherche des facteurs pouvant conduire à une croissance continue sur une longue période de temps plutôt qu’en la découverte d’une baguette magique. Ces méthodes assurent une explosion de croissance malheureusement sans lendemain.

Quelle est votre expérience en matière de croissance de l’Église? 

Pas grand chose, si ce n’est plus de quarante ans de ministère pastoral dans la même Église. Divers cursus académiques ont également enrichi cette expérience de terrain. Ceux-ci ont inclus plusieurs cours sur la santé d’une Église locale ou sur sa croissance. En parallèle, j’ai aussi eu l’opportunité de voyager énormément. Cela m’a permis d’observer des Églises locales (certaines sur une quarantaine d’années) sur 4 continents et de participer à l’implantation de plusieurs Églises.

Quand on parle de croissance de l’Église, on parle de croissance en nombre de membres ou de croissance des membres? 

J’en suis convaincu: il est inapproprié de séparer les deux aspects. Comme je l’argumente dans mon analyse d’Éphésiens 4: 11ss, la croissance de l’Eglise devrait être aussi bien numérique que qualitative. Ces deux aspects sont les cotés pile et face de la même pièce. Voudrait-on qu’un enfant ne se développe qu’intellectuellement ou que physiquement? Absolument pas! Nous désirons pour un enfant une croissance équilibrée qui comprend tous les aspects de sa personne. Une Église qui grandit numériquement ne le fait pas nécessairement au prix du développement spirituel des membres. Une croissance équilibrée ne négligeant aucun aspect est mon but et mon désir. C’est ma vision de croissance pour une Église.

Sur quoi sont basées vos conclusions? 

Mes conclusions sont ancrées dans les recherches, analyses et sondages réalisés dans le cadre de la rédaction de ma thèse doctorale. Mon directeur de thèse m’avait judicieusement conseillé de sonder les facteurs de croissance des Églises ayant un ministère parmi la population autochtone en Belgique francophone. Mes observations réalisées lors de nombreux voyages aux quatre coins du globe ont validé ce travail académique. Puis, ces conclusions ont été testées durant un long ministère pastoral dans la même Église.

Quels sont les éléments qui sont encourageants dans notre contexte actuel lorsqu’on évangélise? En effet, notre société semble loin de montrer un vrai attrait pour la foi chrétienne…

Lors d’une analyse de la situation des Églises en Belgique francophone, il a été très encourageant de voir que les Églises connaissant une croissance soutenue et continue partageaient certains facteurs communs. Malgré leur appartenance à des traditions différentes et des approches au ministère variées, certains critères demeuraient constants. L’absence de croissance n’est pas une fatalité et il y a de l’espoir pour nos Églises. Une Église qui recouvre l’ADN normal de l’Église selon Christ peut grandir et se fortifier dans tous les domaines.

Comment trouver un équilibre entre persévérance et recherche de nouvelles méthodes? 

Si d’un coté, la persévérance est une vertu, l’obstination dans l’échec est une tare. J’ai souvent entendu dire qu’il était insensé de s’obstiner à utiliser une méthode qui n’a produit aucun résultat positif en espérant que, tout à coup, elle produise des résultats différents. Ainsi, si une Eglise, année après année, ne connaît aucune croissance, elle devrait oser remettre en question sa méthodologie et son approche de l’évangélisation et du témoignage. Cependant, il ne faut pas se laisser aller à innover constamment. Inutile d’adopter chaque nouvelle mode qui fait la une des médias évangéliques.

Comment peut-on trouver des conseils concrets et pertinents dans la Bible pour notre monde actuel? 

La Bible a été, est et demeure notre source d’inspiration pour la vie et la croissance de l’église. Il faut cependant distinguer entre les principes intemporels et leurs applications contextuelles.  

Les Églises qui veulent grandir doivent-elles essaimer ou implanter? Ou pour le dire autrement, quelle est la part des chrétiens qui restent dans les Églises-mères?

Cet aspect des choses n’a pas fait l’objet de mes études et réflexions. Je ne peux donc en parler avec le même degré de connaissance et de certitude. Néanmoins, je me souviens avoir lu que la multiplication des Églises étaient la formule amenant la plus grande croissance de l’Église. Quoique, dans certains contextes, la croissance importante de quelques Églises peut apporter une visibilité critique et une pénétration importante de la société. Une Église (ou quelques Églises) qui atteint une taille et une visibilité culturelles peut ouvrir des brèches pour l’Évangile. Elle peut agir comme un brise-glace pour les Églises plus petites. Ainsi, celle-ci aide à la croissance globale d’une Église nationale.  

Quand on cherche à donner envie aux gens de venir et de revenir, qu’est-ce-qui différencie une Église d’une salle de sport? 

L’odeur! Plus sérieusement, c’est en la centralité de l’Évangile que se situe la différence. Pour une Église, tout tourne autour de l’Évangile. L’Évangile anime et inspire tout. Tout est pour Celui qui est au cœur de l’Évangile.

Le titre parle d’ADN. Cela semble donner l’idée que les facteurs de la croissance sont intrinsèques à l’Église. Mais cela n’occulte-t-il pas le rôle du Saint-Esprit? 

Aucunement! Notons d’ailleurs que le Saint-Esprit est essentiel à l’ADN de l’Église car il est celui qui anime l’Église, qui l’inspire, qui lui donne puissance et vision. Le Saint-Esprit est celui qui a présidé à la naissance de l’Église. C’est en remplissant les croyants que l’expansion et la croissance de l’Église ont pu voir le jour.  Dans un des chapitres, je fais d’ailleurs mention de l’idée du partenariat avec le Saint-Esprit. Ceci est vrai pour pour l’évangélisation, pour le témoignage et pour la croissance de l’Église. C’est le Saint-Esprit qui donne souffle et vie. Sans lui, il n’y aurait que des techniques et une approche mécanique.

Que diriez-vous à ceux qui sont découragés car ils ne voient pas de résultat dans ce qu’ils entreprennent pour évangéliser? 

N’abandonnons jamais! Même s’ils ont connu des résultats différents et parfois opposés: l’appel était le même pour Ésaïe, Jonas, Jérémie, Ézéchiel ou Malachie.  Il nous appartient d’être fidèles à notre appel.  D’un autre coté, il est bon d’examiner la manière dont nous travaillons pour nous assurer d’éliminer les obstacles à la croissance . Il faut aussi nous assurer que les facteurs de croissance essentiels sont pris en compte.  Etant donné qu’il existe des Églises qui grandissent, il devrait être possible de développer une stratégie d’évangélisation adaptée à chaque Église et à ses circonstances, sur base des principes généraux présentés dans l’ouvrage.  

Vous parlez de puissance, ça fait à la fois envie et un peu peur. Pouvez-vous nous en dire plus? 

Pourquoi cela ferait-il peur? Le Saint-Esprit qui nous a été donné n’est-il pas la puissance de Dieu pour le témoignage, pour l’audace dans l’évangélisation, pour la vie sainte, pour le salut des perdus? Puissance ne rime pas avec phénomènes étranges mais est ce qui caractérise notre prédication, notre témoignage, nos œuvres, notre comportement, nos prières quand le Saint-Esprit les inspire et leur donne un souffle.

La stratégie d’évangélisation ou d’implantation n’est-elle que l’affaire des pasteurs, anciens ou évangélistes? Qu’est-ce-que je peux tirer de ce livre, si je ne suis pas un responsable?

La croissance d’une Église requière la participation de tous les leaders et de tous les membres d’une Église. Si la croissance fait vraiment partie de l’ADN de l’Église, ne devrait-elle pas se retrouver en chaque membre? Il serait catastrophique de laisser toute la problématique de la croissance de l’Église aux seuls responsables ou aux seuls évangélistes. Le travail des responsables est de créer une unité, un climat propice à l’implication des tous les membres dans le témoignage et l’évangélisation. L’idéal est de voir les leaders créer des opportunités et des occasions, et de voir les membres maximaliser le potentiel de ces opportunités. Pendant ce temps, le Saint-Esprit attire les perdus et donne puissance au travail des leaders et des membres de l’Église. Il s’agit d’un partenariat. Il s’agit aussi d’un travail, d’un appel, d’un ministère dont personne n’est exempté.  

Propos recueillis par Alex Lesage en Juin 2020.

Retrouvez ici l’ouvrage de Daniel Liberek, intitulé L’ADN d’une Eglise qui grandit.

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Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah (5 ans), Théa (bébé) et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est un pasteur diplômé de l’Institut biblique de Genève. Il est le co-fondateur et directeur de ToutPourSaGloire.com. Après 6 ans de ministère pastoral, Stéphane est retourné à un autre de ses amours: les livres. Il est le responsable communication pour BLF Éditions, un éditeur évangélique. Avec son épouse, il a aussi fondé ChezCarpus.com, la première librairie chrétienne de livres d'occasion. Il est aussi le créateur de plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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