INTERVIEW Luis Palau à propos de son ami le Pape qui boit le maté avec les évangéliques

Une interview de Mélissa Steffan avec Luis Palau, évangéliste argentin international, également ami de Jorge Bergoglio, le Pape François 1er. Version anglaise de l’interview publiée le 14 mars 2013 sur Christianity Today.

Luis Palau, argentin de naissance et évangéliste international considère Jorge Bergoglio, récemment élu pape, comme un ami proche. Palau a dit qu’il était particulièrement content d’entendre que les cardinaux catholiques avaient choisi Bergoglio, l’ancien archevêque  de Buenos Aires pour remplacer le Pape Benoît XVI après sa démission.

Christianity Today (CT) a discuté avec Palau qui a offert son point de vue sur le pape François à la fois en tant qu’ami personnel de Bergoglio et en tant qu’évangéliste.

Mélissa Steffan: Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris que Bergoglio avait été choisi pour être le nouveau pape?

Luis Palau: C’était enthousiasmant à cause de sa nationalité argentine, de sa personnalité, et de son ouverture sur les chrétiens évangéliques. J’étais ému, simplement parce que je le connaissais.

Il était arrivé en seconde position après Benoît XVI lors des dernières élections et s’était volontairement retiré du vote parce qu’il pensait que nous ne devions pas faire cela, vote après vote. Lorsque je l’ai vu par la suite, je lui ai dit : « Quel dommage ! Je pensais que je pourrais dire que je connais le pape, qu’il est mon ami. » J’ai dit qu’il serait sûrement réélu la prochaine fois, mais il a répondu: « Non, je suis trop vieux. »

Vous considérez le pape comme un ami. Que pouvez-vous me dire à propos de son caractère, pas seulement en tant que cardinal, mais aussi en tant qu’homme et chrétien?

Ça se voyait qu’il connaissait Dieu personnellement. Sa manière de prier, sa façon parler avec le Seigneur est celle d’un homme qui connaît Jésus-Christ et qui était spirituellement très intime avec le  Seigneur. Prier ne lui demande pas d’effort. Il ne fait pas de prières lues ; il prie juste le Seigneur spontanément. C’est un signe que de bonnes choses vont arriver dans le monde pendant son mandat papal.

Il est très chaleureux, aimable et spirituel. Il n’est peut-être pas de ceux qui sourient à la ronde sans cesse, il n’est pas un acteur de Hollywood, mais il est quelqu’un de très chaleureux. On ne le sent pas froid et distant. Il a toujours été chaleureux. Il apprécie s’entretenir avec les gens.

Il est doux dans ses conversations. Il est toujours en train de demander les gens pour leurs prières. C’est surprenant qu’il ait fait cela en public [lors de son premier discours]. Mais tous les gens qui le connaissent savent qu’il disait toujours : « S’il vous plaît, priez pour moi. » Il le pensait vraiment. Il le disait toujours.

Que pouvez-vous me dire à propos du style de leadership de Bergoglio?

C’est un homme très centré sur la Bible et sur Jésus-Christ. Il est plus spirituel qu’administratif, bien qu’il ait désormais à exercer ses compétences administratives! Mais en tant que personne, il est plus connu pour son amour pour Jésus. Il est vraiment centré sur Jésus et sur l’Évangile, le vrai Évangile.

Nous verrons quels seront les effets sur  les relations internationales et l’ouverture, car il n’est pas un manipulateur. C’est une personne directe, très franche. Il dit ce qu’il pense et le fait sincèrement. Bien qu’il soit doux, il a de fortes convictions morales et il les défend même s’il doit s’opposer au gouvernement. Et il l’a déjà fait auparavant. Ça a été un grand jour pour la communauté évangélique lorsque nous avons réalisé qu’il était vraiment ouvert, qu’il avait un grand respect pour les chrétiens qui croient en la Bible et qu’il était fondamentalement de leur côté. […] Ils travaillent ensemble. Ça demande du courage. Ça requiert du respect. Ça demande de la conviction. Les leaders de l’Église évangélique en Argentine ont donc un grand respect pour lui, simplement à cause de son style de vie, de son respect, et du fait qu’il passe du temps avec eux en privé.

Les médias ont déjà beaucoup parlé de la compassion de Bergoglio envers les pauvres. Pensez-vous qu’il va se concentrer sur ce sujet pendant sa papauté?

Le fait qu’il soit attiré vers les pauvres ne signifie pas qu’il est un leader d’Église révolutionnaire. Il ne s’engage pas dans la lutte des classes […] Il est en faveur des pauvres, il travaille pour eux […] mais pas en manifestant des émotions débordantes ou en se servant de la vieille théologie de la libération. Ce n’est pas du tout son cas.

Dans nos conversations au fil des ans, il s’est toujours montré particulièrement préoccupé par les jeunes […] Son penchant pour les pauvres est poussé à l’extrême à juste titre. Mais dans nos conversations personnelles, je me souviens plus des jeunes d’Argentine, qui ont simplement abandonné la foi. Chaque fois que nous parlions de l’état du christianisme dans le monde, il abordait la sécularisation et le fait que l’Église soit de plus en plus éloignée de la jeune génération. On entend parler d’une nouvelle vague d’évangélisation dans l’Église catholique romaine […] et il y a un désir que le vrai Évangile de Jésus soit proclamé dans le monde. Je pense que cela aura un impact, parce qu’il est clair qu’il connaît le vrai Évangile et qu’il y est dévoué.

Un jour, j’étais en route vers une campagne […] et nous nous sommes rencontrés pour un temps de prière. Je lui ai demandé conseil, et il m’a dit : « Donne à ces jeunes l’Évangile […] Ils ont besoin d’entendre le vrai Évangile. » Et quand il est question de l’Évangile, il sait de quoi il parle.

Si cela est le cas, que peuvent attendre les évangéliques de la papauté de François?

C’est un homme aux fortes convictions. Il n’est pas impressionnés par les puissances, quelles qu’elles soient – même les puissances politiques. Il est très fort pour ce qui est des questions morales. Je crois que nous verrons une papauté qui facilitera les relations et diminuera les tensions. Cela ne signifie pas que [catholiques et évangéliques] seront d’accord sur tout, soyons clairs. Il est le pape de l’Église catholique romaine, et il y a des problèmes dont il faut parler, pour lesquels il faut prier, et qu’il faut observer à la lumière de la Bible. Ces différences doctrinales sont bien là, mais quand chaque partie a une bonne attitude envers l’autre et envers la Parole de Dieu et que nous prenons cela au sérieux, le Seigneur éclaire.

La plus grande partie des catholiques vivent en Amérique latine. Bien que des millions se soient tournés vers Jésus-Christ dans un sens chrétien évangélique […] il n’en reste pas moins que 70% de l’Amérique latine se considère encore catholique. C’est sans aucun doute une des raisons pour lesquelles il a été élu, pour les représenter à l’échelle mondiale. Il y a à peine quelques décennies, il y avait une attitude de confrontation, et ce n’était pas très agréable. Les croyants [évangéliques] encourent des risques physiques dans encore quelques endroits, mais rien comme il y a 50 ans. [Aujourd’hui] les tensions sont plus d’un ordre théologique […] essentiellement sur les doctrines de base, où les croyances diffèrent.

Les tensions seront donc apaisées. Il n’y aura pas de confrontation […] Ce n’est pas son style, il l’a prouvé encore et encore alors qu’il était le cardinal d’Argentine. Il a construit davantage de ponts et montré plus de respect, en connaissant certes les différences, mais en soulignant surtout les points sur lesquels nous sommes d’accord : la divinité de Jésus, sa naissance virginale, sa résurrection et sa seconde venue.

Avez-vous une histoire ou un souvenir personnel qui illustrerait sa relation avec les évangéliques?

Un jour, je lui ai dit : « On dirait que tu aimes beaucoup la Bible », et il m’a répondu : « Tu sais, mon gestionnaire de finances [pour l’archidiocèse de Buenos Aires] […] est un chrétien évangélique. » Je lui ai demandé pourquoi, à quoi il a répondu: « Eh bien, je peux lui faire confiance, et nous passons des heures à lire la Bible, à prier et à boire du maté [un thé vert argentin]. » Les gens font ça avec leurs amis, ils partagent le maté et se le passent, et chaque jour où il était en ville, c’est-à-dire assez souvent, lui et son gestionnaire financier s’asseyaient après le déjeuner pour lire la Bible, prier et boire du maté. Pour moi, il était en train d’avancer un argument [concernant sa relation avec les évangéliques] en me disant cela: confiance et amitié.

Traduction de l’article de CT « Why it Matters that Pope Francis Drinks Mate with Evangelicals » par Sarah Lecerf et Emy Bapst, deux traductrices de La Rébellution.

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Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est le pasteur principal d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy à 15 minutes de l'aéroport de Lyon St-Exupéry. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Avec Hanna, il a fondé ChezCarpus.com, une librairie chrétienne de livres d'occasion. Il aussi créé plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).Découvrez ici les articles qu'il vient de publier sur son blog.

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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One thought on “INTERVIEW Luis Palau à propos de son ami le Pape qui boit le maté avec les évangéliques

  1. Bonjour Stéphane et Matthieu,
    Quelles sont les mises en garde et réserves éventuelles que vous faites à ce sujet ?

    Lors de son ‘intronisation’, le pape avait par exemple entrecoupé le ‘notre-père’ d’une prière à ‘La Madonna’, puis placé son ‘mandat’ sous la protection de la même ‘^Madonna’.

    Plusieurs choses n’avaient pas été traduites à la télévision, car les journalistes disaient n’avoir par prévu de devoir traduire en latin. Étonnant, lorsqu’ils sont capables de traduire en directe, des langues presque inconnues en Europe francophone …

    Autre exemple, le spectre qu’il avait reçu, toujours lors de son intronisation, avait été très vite ‘caché à la caméra’ et le ‘discours’ le concernant peu ‘retransmis’.

    Peut-on réellement prier ‘spontanément Dieu’ au nom de Jésus, tout en plaçant son mandat sous la protection de la Madonne ?

    Dans l’histoire, l’institution catholique, pour des enjeux politiques, à déjà utilisé la stratégie de commencer par imiter les chrétiens, puis à les ‘enjoindre’ à l’unionisme (très différent de œcuménisme) puis de les contraindre à rejoindre Rome.

    Votre article est très intéressant, à titre informatif, pour réaliser à quel point, il est possible d’imiter ‘les prières évangéliques’. Mais ne devrait-il pas comporter une analyse, une mise en garde ?

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