Quelques facteurs à prendre en compte avant d’investir dans un logiciel biblique

C’était le sujet du moment durant une de mes visites l’année dernière à l’Institut biblique de Genève. Les élèves me demandaient sans cesse: est-ce que je devrais acheter le logiciel biblique Logos? En effet, les éditions Clé venaient d’annoncer la sortie du pack Logos Clé Premier, leur premier produit Logos à proposer des outils pour les langues bibliques.

Comme ça fait cinq ans que j’utilise Logos, mes camarades de classe me posent beaucoup de questions. C’est toujours un plaisir d’essayer de leur répondre. Peu de choses m’intéressent autant que la Bible, les livres et la technologie.

D’autres sont certainement en train de se poser les mêmes questions. Je propose donc d’essayer de répondre à vos questions en plusieurs articles. Aujourd’hui, parlons des choses à considérer avant d’investir dans un logiciel biblique. Notez bien qu’on parle ici de logiciels bibliques au sens général et non de Logos ou de la Bible On Line en particulier.

Les logiciels bibliques d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier

Les premiers logiciels bibliques pour le grand public sont apparus dans les années 1980. Pour faire simple, c’était des bibles numérisées dans lesquelles on pouvait faire des recherches de mots et d’expressions. C’était puissant, c’était utile, et ça a révolutionné notre façon d’étudier la Bible.

Ces logiciels existent toujours, mais une nouvelle famille de logiciels a vu le jour depuis une dizaine d’années. Ils proposent d’être des bibliothèques numériques pour le chercheur biblique. En plus de fonctionnalités poussées pour rechercher dans le texte biblique, tous nos livres sont interconnectés entre eux pour une recherche et une étude plus efficace.

Papier vs. Numérique

L’achat d’un logiciel biblique n’est donc pas un choix anodin. Contrairement à une application pour smartphone qu’on achète aujourd’hui, pour l’oublier demain, acheter un logiciel biblique, c’est décider de passer au moins une partie de sa bibliothèque en numérique. C’est un investissement lourd de conséquences.

1. Notre rapport au livre change

Notre usage des livres varie en fonctionne de son support. Le livre papier favorise une lecture attentive et sans distraction et s’annote facilement et sans limites. Le livre numérique, lui par contre, est facilement transportable, disponible simultanément sur ordinateur, tablette et smartphone, permet d’être indexé pour des recherches complètes de son contenu, il peut être souligné et annoté à notre guise et on peut même en copier-coller des portions.

De plus, on n’est jamais vraiment propriétaire d’un livre numérique. On en a une license a vie. Mais si jamais le développeur du logiciel devait en venir à disparaitre, on risquerait de perdre notre bibliothèque.

2. Notre bibliothèque devient plus égoïste

Il faut le savoir. Un livre numérique ne se partage pas (exception pour certains livres Amazon, il parait…). C’est un grand changement pour les pasteurs qui aiment encourager la lecture de bons livres, et un grand problème pour les pays qui souffrent d’un manque d’accès aux bons livres (autant par la langue, le prix et l’accès aux points de vente).

Je me demande aussi combien les logiciels bibliques sont un reflet de notre société plus individualiste et consumériste. Ils offrent certes de grands avantages par rapport à une bibliothèque théologique traditionnelle, mais les bibliothèques numériques ne se partagent pas et chacun achète uniquement pour soi des livres.

3. Notre logiciel biblique nous pousse à rester à jour technologiquement.

C’est inédit dans le monde du livre. Un livre papier ne change pas. Il est juste là. On peut l’ouvrir, le fermer et il reste le même. Il ne craint que l’eau et le feu (et la fin du monde). L’achat d’un livre ne nous poussait pas généralement à d’autres achats.

Le logiciel biblique, par contre, est très différent. Il s’utilise sur un ordinateur (ou autre terminal), qui par nature devient rapidement obsolète. Si on choisit de migrer sa bibliothèque sur un logiciel biblique, on choisit de se mettre sous la contrainte de l’obsolescence technologique et donc, de devoir régulièrement acheter du hardware. De plus, la puissance qu’exige chaque logiciel est un facteur important à prendre en compte.

Un logiciel biblique n’est pas forcément la solution

Beaucoup d’amis m’ont demandé s’ils devaient investir dans un logiciel biblique. Ma réponse est toujours la même: ça dépend. Je vois trois questions à se poser avant d’en acheter un.

Question n°1: A quoi ressemble votre étude de la Bible en ce moment (fréquence et type)? Si elle est inexistante, c’est fort probable qu’un logiciel biblique n’est pas (encore) adapté pour votre usage. Un logiciel biblique est un levier qui démultiplie notre effort. Il ne sert à rien si on n’est pas déjà un étudiant des Écritures.
Question n°2: utilisez-vous les langues originales et les commentaires bibliques? Pas forcément besoin de les connaître pour les utiliser dans les logiciels bibliques modernes. Mais est-ce que vous faites des recherches en utilisant les numéros Strong? Est-ce que vous utilisez des commentaires bibliques? C’est un gros facteur à prendre en compte quand on envisage d’investir dans un logiciel biblique.
Question n°3: combien faites-vous de recherches théologiques? Utilisez-vous une bibliothèque théologique de façon régulière? Les logiciels bibliques contemporains deviennent de vraies bibliothèques de recherche et elles sont dans biens des aspects, plus puissantes que nos bibliothèques traditionnelles.

Conclusion

Le choix d’investir dans un logiciel biblique n’est pas facile. J’espère avoir pu proposer quelques pistes pour vous aider dans votre choix. N’hésitez pas à poser vos questions dans un commentaire. J’essaierai de vous répondre rapidement.

Pour info, dans un autre article, j’explique pourquoi et comment j’ai décidé de passer sur Logos, plutôt que sur un autre logiciel biblique (ou d’en rester au papier).

Je propose aussi un guide d’achat pour choisir le bon logiciel biblique:

 

Alors êtes-vous plutôt bibliothèque papier ou électronique?  Pourquoi?

Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Marié avec Hanna, ils sont parents du petit Noah et font partie d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy, une ville à 40 minutes à l’Est de Lyon. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Il aussi le créateur de plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).

http://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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  • Franchement le seul truc qui me freine c’est le prix pour Logos. J’utilise des commentaires bibliques assez régulièrement, au niveau langues j’avoue ne pas trop utiliser pour l’instant mais l’achat du logiciel m’aiderai à m’y mettre. Je suis un grand fan des technologies aussi même si je vois comme toi des avantages et des inconvénients. Plus d’avantages quand même Merci Stéphane.

    • Salut Ricardo,

      Merci pour le retour. Effectivement, le prix est un frein pour beaucoup. Dans les deux prochains articles, je vais parler de ça plus précisément.

      Tu utilises quoi en ce moment pour étudier la Bible? Une concordance papier? Un logiciel?

    • Salut Ricardo, je ne sais pas si tu as fait le saut d’acheter Logos. En tout cas je suis en train de me tâter à l’idée de créer une formation pour les nouveaux utilisateurs de Logos. J’explique ici:
      https://app.convertkit.com/landing_pages/77081?ref=TPSG
      Le but de cette page est bien sûr de voir s’il y a un besoin pour un tel projet (je suis sûr que tu sais reconnaitre une liste de lancement! :-). Je suis preneur de tout retour et si tu connais du monde qui pourrait être intéressé, merci de leur faire suivre.

  • nfriedli

    Plein de bonnes infos ici: http://timotheeminard.com/bible-tech/logiciels-bibliques/comparatif/
    Ainsi que sur le reste du blog de Timothée Minard.

    • Merci pour l’info. Je ne connaissais pas ce blog. Ça pourra m’être utile pour la suite de la série!

    • Merci bien pour ce partage ! On y trouve notamment mon point de vue sur la question ici : http://timotheeminard.com/bibiotheque_electronique/

      • Salut Timothée,

        Je te l’ai déjà dit dans un échange mail: super boulot ce comparatif entre les 4 logiciels.

        Une question: pourquoi n’as-tu pas ajoutée la Bible On Line dans le comparatif?

        • Salut Stéphane,
          Le comparatif n’avait pas pour but de comparer tous les logiciels bibliques (il y en a beaucoup d’autres en anglais, pour certains gratuits). Je me suis intéressé aux meilleurs logiciels pour l’exégèse biblique (c’est-à-dire pour un travail à partir du grec et de l’hébreu). De plus, le comparatif s’adresse principalement à un public académique exigeant. Accordance, Bibleworks et Logos sont les 3 leaders dans ce domaine. J’ai rajouté Bible Parser qui est un logiciel français bon marché (40 € !) bien plus performant que Bible Online pour l’étude des textes grecs ou hébreux (ou araméens, coptes, syriaques, latins !) et donnant accès à une quantité incroyable de textes anciens, commentaires, dictionnaires, grammaires…
          Bible Online peut être utile pour préparer une étude biblique ou une prédication. Mais il est bien trop limité en ce qui concerne l’exégèse.

          • Merci pour la réponse claire! Je m’attendais à voir Bible Online en 4e position. Maintenant, je comprends.

            PS. Quelle est le tutoriel le plus utile pour progresser dans les fonctions recherches sur Logos? Je trouve ça pas évident du tout!

          • C’est une bonne question… je cherche encore la réponse ! Je n’ai pas trouvé pour l’instant de tutoriel efficace sur ce point-là. Il y a des vidéos et des rubriques d’aide qui expliquent comment effectuer des recherches basiques… Mais ça se corse lorsqu’il s’agit d’effectuer des recherches plus complexes. En général, lorsque je n’arrive pas à réaliser la recherche souhaitée, je navigue entre le Wiki et les forums de Logos… (Il y aussi un certain nombre de tutoriels payants… mais je n’ai pas testé !).

    • Salut Nfriedli, je ne sais pas si tu reçois encore des notifications de cette
      discussion. Mais comme je cherche à retrouver autant d’utilisateurs de Logos que possible je me permets de t’écrire. J’ai l’idée d’une formation pour apprendre à utiliser Logos:
      https://app.convertkit.com/landing_pages/77081?ref=TPSG
      Le but de cette page est bien sûr de voir s’il y a un besoin pour un tel projet. Je suis preneur de tout retour!

      • nfriedli

        Je ne suis pas utilisateur de Logos. J’avais simplement vu passer une discussion 😉

  • Cédric Jung

    Merci pour cet article et pour le contre-argument n° 2 auquel je n’avais jamais vraiment pensé.
    Pour ma part (je suis pasteur), je n’ai jamais acheté de logiciel biblique, pour 2 (autres) raisons :
    1) J’aime ma bibliothèque sur étagère, même si elle prend de la place ; j’aime la parcourir, et en tirer un volume sachant qu’il va me nourrir bien souvent ; un peu comme sortir un bon biscuit d’une boite !
    2) Je ne souhaite pas me lier à une licence pour lire mes livres (que ce soit se lier à un OS ou à une famille de logiciel). Cela rejoint le débat des formats ouverts vs. propriétaires.

    Ce que j’utilise quotidiennement comme logiciel biblique, c’est un outil de consultation de la Bible en ligne de commande que j’ai développé sur la base de l’outil diatheke (je sais que je suis un peu geek, mais je fais beaucoup de choses avec une ligne de commande ; j’utilise Linux).
    En 2 secondes montre en main, je consulte un verset ou un passage biblique, ou bien réalise une recherche textuelle/strong sans appli ouverte, sans bouger la souris… Je réalise que c’est là mon besoin le plus omniprésent. Je suis toujours surpris de voir combien de temps mettent d’autres pour avoir un passage biblique sous les yeux, au travers d’une appli biblique quelconque ; c’est rarement en dessous de 6 ou 7 secondes…

    • Bonjour Cédric,

      Merci pour tes remarques. Moi aussi j’aime le papier. Il n’y a rien de tel. Mais en même temps, je suis conscient que chaque innovation du livre a eu ses adversaires. Je reste enthousiaste aux possibilités du numérique.

      Je ne m’y connais pas assez sur les formats pour vraiment commenter ton point 2. Je sais que les formats propriétaires sont toujours un risque, c’est pourquoi on doit miser sur le cheval gagnant. Dans un prochain article, je vais expliquer comment ce facteur m’a motivé pour Logos.

      PS. Oui, les geeks ont un net avantage sur le monde. 🙂

  • Peps Cafe

    Bonjour !

    Très intéressant ! Notamment cette comparaison « Papier vs. Numérique ».

    D’accord avec les remarques suivantes :

    « Notre bibliothèque devient plus égoïste »[je dirai même plus : « et moins chaleureuse »], puisqu’ « un livre numérique ne se partage pas ». Effectivement, l’on peut se demander à quel point « les logiciels (bibliques ou non) sont un reflet de notre société plus individualiste et consumériste ». Question récurrente : que fait-on de ce constat, qui est bien joli et…récurrent ? Choisit-on de rester fataliste, ou choisit-on d’opérer une véritable révolution culturelle à ce sujet ?

    Même interrogation concernant amazone, qui utilise de plus en
    plus de robots et de moins en moins d’être humains, tout en mettant en danger les librairies-not. celles de quartier : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/09/05/lobsolescence-de-lhomme-programmee-ou-quand-lavenir-cest-la-machine/
    (J’exagère ? Questionnez les libraires de quartier).

    Et même interrogation concernant les smartphones, surtout quand on sait comment ils sont fabriqués : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/11/11/insupportable-portable-quand-on-connait-les-secrets-de-sa-fabrication/)

    « Notre logiciel (biblique ou pas) nous pousse à rester à jour technologiquement ». Certes, « un livre papier ne change pas(…) L’achat d’un livre ne nous poussait pas généralement à d’autres achats ». Sauf quand il s’agit de nouvelles éditions « inédites », avec préface, postface, notes…nous poussant à acheter plusieurs versions d’un même ouvrage, sous prétexte que les versions sont « enrichies ». Le risque consumériste pour être sans cesse « à la page » (ouahha, le jeu de mots ! 😉 )est donc toujours là.

    « Le logiciel(…) s’utilise sur un ordinateur (ou autre terminal), qui
    par nature devient rapidement obsolète. Si on choisit de migrer sa bibliothèque sur un logiciel biblique, on choisit de se mettre sous la contrainte de l’obsolescence technologique et donc, de devoir régulièrement acheter du hardware ». Avec le risque d’être dépendant. Un risque qui n’est pas mince.

    Et donc ? Quelle alternative nous reste-t-il à ce sujet ? Que
    choisit-on de faire ? Merci par avance pour toutes vos réflexions à ce sujet.

    A noter que le livre en lui-même(le « codex », remplaçant le « volumen »-rouleau)est « récent », puisqu’il ne s’est répandu qu’autour des IX-Xe siècles. Cette innovation a modifié l’attitude corporelle du lecteur. A l’époque
    du « volumen », le lecteur ne pouvait pas lire et écrire en même temps. Grâce au « codex », beaucoup plus compact, il peut écrire, prendre des notes ou tenir deux livres en même temps pour faire des comparaisons. Cela a favorisé le commentaire écrit (directement sur le livre), et donc une lecture plus critique, et même sélective(grâce aux numéros de page permettant un découpage + index et table des matières…) Une forme de lecture d’abord réservée à une élite, soit dit en passant…

    Sinon, concernant les outils de base pour l’étudiant de la Bible, j’aime bien strong. Néanmoins, rien ne vaut au moins deux versions de la Bible, une bonne vieille concordance en papier et un dico biblique. Maîtriser ces outils de base me paraît essentiel, d’autant plus qu’il faut prévenir le risque de dépendance(soulevé dans l’article)-au point de ne plus savoir chercher un passage dans sa Bible papier- et de défaillance de la machine.

    Fraternellement,

    Pep’s

    • Merci Pep’s d’avoir pris de le temps d’ajouter tes remarques. Ça va m’aider dans les prochains articles.