Les récits bibliques du suicide de Judas sont-ils contradictoires?

On trouve souvent des passages dans la Bible qui sont compliqués. Parfois, ça semble même contredire un autre texte biblique. La mort de Judas est probablement la «contradiction» la plus frappante. Judas est le disciple qui trahit Jésus. Après coup, il regrette et se suicide. Mais l’histoire est racontée par deux auteurs qui semblent relater deux histoires différentes. Comment expliquer cette contradiction apparente? On va répondre en deux étapes. Tout d’abord on va expliquer ce qui semble contradictoire. Puis on verra l’excellente réponse d’Alfred Kuen.

Problème: Deux récits qui semblent contradictoires

Évangile selon Matthieu 27.3-8:

Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant: J’ai péché, en livrant le sang innocent. Ils répondirent: Que nous importe? Cela te regarde. Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira, et alla se pendre. Les principaux sacrificateurs les ramassèrent, et dirent: Il n’est pas permis de les mettre dans le trésor sacré, puisque c’est le prix du sang. Et, après en avoir délibéré, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ce champ a été appelé champ du sang, jusqu’à ce jour.

Actes des apôtres 1v18-19:

Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues. La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldama, c’est-à-dire, champ du sang.

Résumons le problème. Le livre de Matthieu dit que Judas s’est suicidé en se pendant. Dans les Actes, il serait tombé mort dans un champ. Comment expliquer ces différences dans le récit du suicide de Judas? La réponse est celle d’Alfred Kuen, qui fait le tour de la question. C’est vraiment excellent.

Réponse: attention aux apparences

Alfred Kuen:

«Théophylacte pensait que Judas a d’abord fait une tentative de suicide, mais que la corde a rompu. La deuxième tentative a réussi. C’était aussi la solution d’Augustin. Pour Alford, Matthieu dit les choses de manière générale, alors que Luc est plus précis. J.A. Alexander (de Princeton) dit aussi (à propos du champ v.7) que Matthieu passe sur les détails, car il écrit pour un vaste cercle de lecteurs. Dans les Actes, Luc reproduit les paroles de Pierre qui, six semaines après les faits, s’adresse à des gens qui connaissent les événements qui se sont passés près d’eux.

Peut-être Judas était-il déjà mort depuis plusieurs jours lorsqu’il est tombé parce que la corde s’est cassée. Dans ce cas, son corps était déjà en décomposition et il est plus compréhensible que ses entrailles se soient répandues. Ou bien, voulant se pendre, il est tombé (de haut) et s’est éventré.

Josh McDowell dit que cette reconstruction est confirmée par l’examen du terrain de la Vallée de Hinnom. Du fond de la vallée, on aperçoit des terrasses rocheuses presque perpendiculaires de 8 à 13 m de hauteur. Il y a encore des arbres qui poussent sur les rebords de ces terrasses. Il est donc fort possible que Judas se soit pendu à l’un de ces arbres surplombant la vallée et que son poids ait entraîné l’arbre – ou l’une de ses branches – au fond de la vallée.

Dans sa Théopneustie, Louis Gaussen raconte l’histoire d’un homme qui s’est suicidé en se hissant sur le rebord d’une fenêtre et en pointant un pistolet sur sa tempe. Au moment où il a sauté de la fenêtre, il a aussi appuyé sur la gâchette de son arme. On peut donc dire qu’il s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête ou en sautant de la fenêtre de son appartement. Les deux versions sont exactes, comme les deux versions de Mt et de Lc. (McD 84-85)»

Source: Encyclopédie des difficultés bibliques: Évangiles et Actes (Alfred Kuen), p 287

Stéphane Kapitaniuk

Stéphane est un disciple de Jésus. Marié avec Hanna, ils sont parents du petit Noah et font partie d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy, une ville à 30 minutes à l’Est de Lyon. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Il est aussi le créateur de plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).

http://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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17 thoughts on “Les récits bibliques du suicide de Judas sont-ils contradictoires?

  1. La réponse de Josh McDowell nous rappelle que nous n’avons pas tous les détails des contextes géographique et historique. Il convient de nous rendre compte que nous ne sommes pas les premiers lecteurs de ces documents et que ces mêmes écrits faisaient sens aux auteurs et aux destinataires. Nous devrions nous approcher de ces documents avec une certaine humilité en reconnaissant que nous n’avons pas toute l’information que nous voudrions. Si nous pouvons accepter a priori la logique des écrits et avouer que les auteurs étaient mieux placés que nous pour connaître les faits, nous serons peut-être plus ouverts à découvrir ce qu’ils connaissaient.

    1. Tout a fait. Je pense qu’il est bon de creuser ces questions durant un temps. Çe nous permet de voir combien la Bible tient la route. Après quoi, on peut juste faire confiance devant une «contradiction» apparente, sachant qu’il y a des explications, que la Bible est fiable et digne de notre confiance.

      Merci d’avoir pris le temps de commenter Gary.

  2. jpeg dit :

    Alfred kuen est juste là pour defendre l’inerrance biblique, il apporte des elements hors de la bible pour prouver la vérité biblique, à mes yeux c’est juste de la malhonneteté intellectuelle. N’importe qui verrait la contradiction et verraient que ce sont deux traditions, on notera aussi la difference sur l’achat du champs par Judas ou par les sacrificateurs etc. D’autant plus cette contradiction est acceptable car ça ne change en rien la révélation du Christ, c’est juste un détail de l’histoire.

    1. Bonjour jpeg,

      Merci d’avoir pris le temps de commenter. Tu vas vite en accusant Alfred Kuen de malhonnêteté intellectuelle. Pour éviter d’être simplement subjectif (« à mes yeux »), dis-nous: qu’est-ce qu’il y a de « malhonnête »? L’auteur des Actes des apôtres est Luc. Lis Luc 1 et tu verras qu’il a entrepris des recherches approfondies pour écrire son évangile. Pourquoi aurait-il alors laissé une contradiction si apparente s’il n’y avait pas une explication connue de tous à son époque?

  3. David dit :

    Peut-être tout simplement parce que Luc ne connaissait pas la version de Matthieu ?

    Il faut se replacer dans le contexte de l’époque, les écrits ne circulaient pas aussi facilement.

    On sait aussi que l’évangile de Matthieu a été écrit en langue hébraïque (araméen ou hébreu, les spécialistes discutent) certainement assez tôt (années 40?), mais on ne sait pas quand il a été traduit en grec.

    Ces deux évangiles ne s’adressent donc clairement pas au même public, et il n’est même pas certain que Luc ait parlé l’hébreu ou l’araméen. De plus jusque dans la deuxième moitié du II ème siècle, c’est surtout les logia qui circulent plus que les évangiles. Le premier à attester l’utilisation des 4 évangiles est Irénée de Lyon (vers 180)

    Notons que d’un point de vue historique, la croyance en l’inerrance biblique n’est apparue que vers le IV ème siècle (avec Jérôme et Augustine d’Hippone). Avant les docteurs , n’avaient aucun problème à admettre une certaine diversité dans les témoignages.

    D’ailleurs d’un point de vue judiciaire, une trop grande exactitude des témoins est suspecte. Le fait qu’il y ait des divergences sur des points de détails confirme l’authenticité du récit. Dès le II ème siècle on voit que les chrétiens se sont aperçus des divergences des évangiles (comme le récit de la résurection qui est toujours passé sous silence par les défenseurs de l’inerrance), mais ont préféré garder les textes comme ils étaient plutôt que de chercher à les harmoniser (exception fait du Diatessaron utilisé par l’église syriaque).

    Les musulmans eux ont fait le choix contraire, en supprimant toutes les autres versions du coran et en en gardant qu’une seule.

    1. Salut David,

      Je trouve que ton commentaire n’apporte pas de solution. Mais maintenant que je sais que tu ne crois pas en l’inerrance de la Bible (ie. la Bible est sans erreurs dans les textes originaux), je comprends mieux ta remarque. Par contre, je ne comprends toujours pas pourquoi c’est un cheval de bataille pour toi.

  4. David Vincent dit :

    Bonsoir Stéphane,

    La solution est pourtant très simple : Matthieu et Luc ont simplement rapporté ce qu’ils ont entendu du suicide, et d’un « témoin » à l’autre, la version est légèrement différente.

    Pour ta dernière question, je te répondrai assez simplement : pour la même raison que toi.

    Tu veux défendre ce que tu estimes le christianisme authentique, et tu penses que cela passe par la défense de l’inerrance. J’ai le même objectif, simplement au contraire je pense que cela passe par l’abandon de cette doctrine.

    Néanmoins il ne faut pas inverser les rôles. Historiquement, ceux qui en ont fait un cheval de bataille c’est bien ceux qui ont inventé l’inerrance et non l’inverse. Ce sont les innovateurs qui tentent de propager cette doctrine d’origine talmudique au sein du christianisme. De mon côté je ne fais que défendre la position originelle de l’Eglise.

    Les apôtres ne se sont jamais souciés des textes originaux. Dans le dernier article j’ai déjà montré que Paul recourait à la version araméenne, sans se soucier que les informations qu’ils rapportent ne sont pas dans le texte hébreu.
    Dans mon prochain article je montrerai que Luc et Paul utilisaient la Septante alors que celle-ci contredit sur de nombreux points chronologiques le TM.
    Les premiers chrétiens connaissaient la diversité des textes bibliques, ils ne pouvaient donc pas croire en l’inerrance. D’ailleurs une telle sacralisation du texte est anachronique : à l’époque de Jésus, les scribes juifs n’hésitaient pas à modifier le texte biblique pour différentes raisons (le Talmud les y autorisent, notamment pour lutter contre le christianisme (*) ) , et Paul lui-même quand il cite l’AT n’hésite pas à modifier le texte biblique.

    Dans une version de la Bible (TM) , d’Adam à la venue en Egypte des frères de Joseph on compte 2 238 ans, alors que dans une autre (LXX) on compte 3 624 ans (soit 1386 années d’écart ).
    Ne vois-tu pas la différence ? Et il ne peut pas s’agir d’erreurs de copistes, les textes sont bien trop différents.

    Au sein même des récits évangéliques, on voit des contradictions. Je ne te poserai qu’une question (à laquelle je n’ai pour l’instant jamais eu de réponse de la part des défenseurs de l’inerrance).
    Lorsque les femmes sont allées voir le tombeau elles ont rencontré 3 personne(s)/groupe(s) : Jésus, les disciples et les anges.
    Peux-tu me donner l’ordre de ces rencontres avec les versets bibliques correspondants ?

    Les docteurs du II-III ème siècles (comme Tertullien) avaient relevé les contradictions de ces différents récits et cela ne les dérangeaient nullement. Aujourd’hui les défenseurs de l’inerrance les nient mais n’apportent aucune solution.
    Bien sur cette question est ouverte, à tous ceux qui croient à l’inerrance.

    Bonne soirée,

    (*) : après ma série sur l’histoire de la Bible, je commencerai d’ailleurs une série sur ce sujet. Je montrerai avec des références talmudiques que non seulement les rabbins disent qu’ils ont le droit de modifier le texte biblique pour lutter contre les chrétiens (ou d’autres adversaires) , mais qu’en plus ils l’ont fait (avec des exemples tirés des Psaumes et des Prophètes, notamment d’Isaie).

    1. C’est normal que tu ne trouves personne qui veuille répondre à ta question de chronologie des événements au tombeau si tu la places dans le cadre d’une discussion sur l’inerrance. Ce n’est pas le but de l’inerrance (voir paragraphe suivant). Mais ma réponse est simple. Chaque auteur a des objectifs qui lui sont propres. Il a donc la liberté stylistique de raconter les événements selon son projet. Par exemple, Marc semble indiquer que Jésus accomplit tout son ministère en Galilée, puis va à Jérusalem pour souffrir et mourir. Jean au contraire indique que Jésus visita Jérusalem au moins trois fois durant son ministère (sans compter son enfance rapportée dans Luc).

      Tu me donnes l’impression d’être bien plus intelligent que moi. Mais avec tout mon respect, je pense que tu n’as pas compris l’inerrance. Elle n’explique pas toutes les contradictions apparentes. Ce n’est pas le but de la doctrine. Plutôt, c’est une attitude envers l’écriture qui au lieu d’être prompte a trouver une explication en dehors du texte, dit: «Dieu a inspiré ce texte. Il ne ment pas. Voyons quelle explication je pourrais bien trouver par toute la Bible pour ce texte particulier de la Bible.» Ton attitude te « libère » de cette contrainte. Si un texte te dérange ou t’embarasse pour une raison ou une autre, tu pourras toujours l’expliquer et t’en « libérer ». Mais tu n’est plus soumis à la Bible. Tu en es devenu le juge.

      Enfin, je ne te connais pas. Mais après deux visites sur ton site et ces discussions, je ne vois pas en quoi tu es évangélique, ou alors comment tu vas le rester. Il faudrait que tu m’expliques ton rapport à la Bible. Mais de mon expérience, ton attitude est une des premières étapes avant d’aller dans le décor. D’ailleurs, je préfère continuer la discussion par email. Parce que nos commentaires ne sont pas du tout sur le sujet des articles.

  5. David Vincent dit :

    Bonjour Stéphane,

    Au contraire j’ai parfaitement compris ce qu’est l’inerrance et ce qu’est l’attitude dont tu parles, et c’est justement cela que je refuse.
    Ceux qui l’adoptent se veulent les « champions de la Bible » mais ce qui est paradoxale c’est que cette attitude n’a aucun fondement biblique. Elle repose au contraire sur un certain nombre de préjugés , dont une mauvaise conception de l’inspiration parfaitement résumée dans ta phrase :

    « Dieu a inspiré ce texte. Il ne ment pas.  »

    Ce que je reproche, c’est que justement le seul moyen de croire à cette doctrine, est de rester dans le flou, dans les généralités. Dès lors qu’on prend la peine d’étudier plus précisément le texte biblique, on voit qu’elle ne tient pas la route.

    Par ailleurs ce qui est intéressant c’est que lorsqu’on regarde la manière dont les auteurs du Nouveau Testament utilisent l’Ancien Testament , on constate qu’ils enfreignent toutes les règles d’interprétations « évangéliques ».

    Pour ce qui est du terme d’évangélique son sens a de toute façon bien varié au cours de l’histoire. Au Moyen-Âge , il désignait des gens comme saint François d’Assise, qui sont pourtant aujourd’hui qualifiés de catholiques.
    Je suis évangélique parce que je m’attache à la Bonne Nouvelle (Evangile) de Jésus.

    Une dernière remarque : Jésus n’a jamais promis une Bible telle que la conçoive les défenseurs de l’inerrance. Si il l’avait voulu ainsi , je pense qu’il l’aurait écrite lui-même. Or ce qui est intéressant c’est que la seule fois où Jésus écrit, c’est sur le sol et plus personne ne sait ce qu’il a écrit.

    Pour le reste effectivement, cela dérive peut être trop en hors sujet, j »arrêterai donc là mes commentaires et je continuerai plutôt mes explications sur mon blog

    Je pense notamment à deux articles qui seront certainement publiés la semaine prochaine :

    -« La Bible: Ecriture inspirée ou Parole de Dieu » : où j’expliquerai pourquoi tout en étant un écrit inspiré, la Bible ne peut pas être qualifiée de « Parole de Dieu écrite », et où je montrerai que cette confusion d’origine pharisienne a servi à lutter contre Jésus.

    -« Inerrance et inspiration » : où j’expliquerai pourquoi l’inspiration n’est pas synonyme d’inerrance, avec à l’appui un exemple biblique bien précis où on voit qu’un prophète ,tout en étant inspiré, se trompe sur les faits.

    Si tu le souhaites je pourrai te signaler la publication de ces articles susceptibles de t’intéresser afin que tu réagisses directement dessus.

    Bonne fin de journée à toi,

    1. Bon courage pour la suite mon gars. Je pense qu’on ne pourra pas être d’accord. Je te supplie juste de ne pas en rester à des vagues généralités sur les « évangéliques qui croient en l’inerrance définie par la déclaration de Chicago ». Peut-être tu as eu une mauvaise expérience dans ton ancienne Église. Mais crois moi, il y a des évangéliques (pas dans ton sens, mais dans le sens du 20e siècle) qui réfléchissent très bien et qui ne restent pas du tout dans ce que tu déplores:

      Ce que je reproche, c’est que justement le seul moyen de croire à cette doctrine, est de rester dans le flou, dans les généralités. Dès lors qu’on prend la peine d’étudier plus précisément le texte biblique, on voit qu’elle ne tient pas la route.

      Je te suggère les œuvres de Darrell Bock, Andreas Kostenberger, Craig Blomberg et Don Carson. Ils sont évangéliques au sens moderne et actuel du terme.

      Je suis abonné au flux RSS de ton blog. J’y ferai de temps à autre un tour. Tschüss.

  6. Salut les amis,

    J’ai lu votre débat avec attention. Franchement cela sera mon seul post car je n’ai pas le temps de me lancer dans un débat en ce moment. Quelques éléments qui méritent d’être pris en considération :

    – Sur la résurrection et l’ordre chronologique des évènements, un certain nombre de propositions ont été formulées par les tenants de l’inerrance biblique et du Sola Scriptura. William Lane Craig, pour ne citer que lui, a écrit plusieurs ouvrages sur la question et a fait quelques propositions. Peter Williams, directeur de Tyndale House et bon copain, à la fin de sa conférence « New Evidences The Gospel Were Written by Eyewitnesses », propose une solution dans laquelle interviendraient au moins 6 femmes http://youtu.be/6u04d6M3tAw (la conférence en entier se trouve ici, et c’est excellent !! : http://youtu.be/r5Ylt1pBMm8 ). Peter a récemment donné une nouvelle conférence sur ce sujet « Things Which Ought To Be Better Known About The Resurrection Of Jesus », qui est également très intéressante : http://youtu.be/CbBVBUeHXZ4

    – Concernant l’usage de l’AT dans le NT, les choses ne sont pas aussi simples !! La discipline qui étudie ces relations s’appelle l’intertextualité, et dans ce domaine (comme dans bcp d’autres) il y a des maximalistes, et des minimalistes. Ma position est clairement maximaliste, c’est à dire – en gros- que je pense qu’aucun texte de l’AT n’a été cité hors de son contexte par les auteurs du NT, et que de nombreux texte de l’AT s’inspirent eux-mêmes d’autres textes de l’AT. Je pense d’ailleurs que les travaux d’érudition les plus aboutis en matière d’intertextualité ont justement été réalisés par des spécialistes maximalistes de l’herméneutique, comme GK Beale. Je conseille à ce sujet un excellent achat : « Commentary on the New Testament Use of the Old Testament » (http://www.amazon.com/Commentary-New-Testament-Use-Old/dp/0801026938 )

    – Quand à Kuen sur Judas, je trouve pas qu’il soit si catégorique (d’ailleurs, il l’est rarement, ce qui peut lui porter préjudice dans certains cas, je trouve). Il propose deux solutions, qui ne viennent même pas de lui. Elles font certes appel à un présupposé (la Bible ne se contredit pas), mais la position de David fait appel à d’autres présupposés (ils ne sont pas témojns oculaires de sa mort, ils le tiennent de deux témoins oculaires différents, etc…). C’est un échange sans fin : ça peut vite tourner au dialogue de sourd si l’on admet pas ses présupposés sur l’inspiration/infaillibiité.

    – idem pour les traces historiques de l’inerrance biblique. Dire que l’on n’a pas de sources anciennes ne veut pas dire que les anciens ne s’y intéressaient pas, même lorsque le canon n’était pas encore formé. Regardez l’épitre aux Corinthiens et voyez les problèmes de fous auxquels l’église primitive devait faire face : débauche, divisions à peine l’église fondée, fausses doctrines, négation du coeur du message chrétien (résurrection), désordre dans l’église, rejet de l’autorité apostolique, idolatrie, etc… Franchement ils avaient autre chose à faire qu’écrire sur l’inerrance !! Et on le comprend. Cependant, David, des phrases comme : « Les premiers chrétiens connaissaient la diversité des textes bibliques, ils ne pouvaient donc pas croire en l’inerrance. » sont difficilement justifiables, même en citant quelqu’un comme Tertullien un peu plus bas… alors que ce dernier est régulièrement cité par les défenseurs de l’inerrance biblique.
    Justement, à ce sujet, voici un excellent article de M. James Sawyer, de DTS : http://bible.org/article/history-doctrine-inspiration-ancient-church-through-reformation
    Je trouve très intéressant qu’il mentionne GT Ladd, l’un des opposants les plus fameux à l’inerrance biblique, comme ayant accepté l’idée que l’inerrance était la doctrine de l’église primitive.

    – Le point de vue de David, à savoir que le maintient de divergences apparentes dans les témoignages occulaires prouve que la transmission de la Bible s’est faite avec respect pour l’intégrité du texte, est un bon point. Toutefois, de là à en conclure tout ce que j’ai pu lire en s’appuyant sur les divergences… il y a quand même un sacré pas à franchir. Dans ta méthode, il y a au moins autant de présupposé et de parti pris que dans les réponses d’Alfred Kuen. Idem pour la patristique : bien sur que la première mention des 4 évangiles soit faite par Irénée dans « Contre les Hérésies ». Mais cela ne veut pas dire que les chrétiens ne les reconnaissaient pas avant. Tu dois certainement savoir que son but ici n’était pas en soit d’attester de la prééminence des 4 évangiles, mais de réfuter Marcion qui n’en reconnaissait qu’un. Ce faisant, on peut raisonnablement supputer qu’il ne fait à ce moment là que rappeler une réalité que tous les chrétiens connaissaient : il y a 4 évangiles, et un seul Esprit qui en est l’auteur ultime. D’ailleurs, Irénée défendait la totale inspiration/infaillibilité des Ecritures.
    Je crois que sur l’étude du canon, et sur l’usage des manuscrits, beaucoup de choses ont été dites, et sont bien souvent réfutées dans les dix années qui suivent. De mon point de vue, il faut être prudent.

    Voilà les quelques éléments pour contribuer à votre débat.
    J’espère que tu vas bien, Stéphane. Je ne t’ai pas oublié dans mes prières. Heureux de voir que tu es toujours accroché par les peuples non atteints. Ici à Paris, ça bouge !!
    J’espère te voir avant de partir aux US.

    David, c’est toi le pote de Tim. C., d’Issy-les-Moulineaux ??
    God night
    Guillaume

    1. Merci Guillaume pour ton commentaire qui apporte beaucoup à la discussion.

      Petite note: hier soir j’ai pensé à l’ouvrage édité par Carson et Beale et je me suis dit: « Il faut que j’en parle. » Et ce matin, voilà que tu en parles. Je suis tout à fait d’accord. Le Commentary of NT Use of the OT est peut-être l’ouvrage que j’ouvre le plus après la Bible et mon dictionnaire.

      Bon voyage en Inde!

      1. merci pour ta reponse. Je suis en Inde, desole pour les accents.
        En fait, je veux bien discuter, mais le temps est court, et pour etre franc la question du canon n’est pas le sujet sur lequel je veux travailler le plus. Je m’interesse a l’hermeneutique, mais pas prioritairement a la question de l’intertextualite.
        En ce qui concerne tes interrogations sur mes positions, j’ai mis des liens dans mon message. Plus precisement, concernant tes demandes, jette un oeil au commentaire de Carson Et Beale sur les citations de L’AT ds le NT (un classique pour les evangeliques conservateurs, un must-read pour tous ceux qui veulent refuter -ou du moins tenter !- la position maximaliste), et a l’article de Sawyer concernant les citations de peres.
        Sur ce dernier article il y a des liens qui te renvoient vers ses recherches et sa methodologie.

        bon courage pour ton travail de recherche et a bientot
        Guillaume

        1. philochristos dit :

          Bonjour Guillaume,
          A mon sens la question de l’intertextualité est inséparable de l’herméneutique, car justement les auteurs du NT manient beaucoup les différentes versions.

          Pour le reste, je vais tacher de me procurer le livre dont tu me parles.

          Bonne journée à toi,

  7. David Vincent dit :

    Bonjour Guillaume,

    Oui effectivement c’est bien moi. Je ne te connais pas mais tu m’as l’air très occupé, mais si un jour tu as le temps je serais intéressé de discuter avec toi. Plusieurs points de ton message mon particulièrement interpellés :

    1) -ta position « maximaliste » concernant les citations. Je serai très curieux de connaitre tes explications sur l’utilisation de certaines citations (en particulier chez Matthieu et Paul)

    2)-tes remarques concernant Irénée et Tertullien.

    «  »même en citant quelqu’un comme Tertullien un peu plus bas… alors que ce dernier est régulièrement cité par les défenseurs de l’inerrance biblique. »

    => Il y a quelques années j’ai lu un livre de René Pache , intitulé « L’autorité et l’inspiration de la Bible » (ou un titre avoisinant) et depuis j’ai une théorie selon laquelle les théologiens protestants-évangéliques n’ont jamais lu les Pères de l’Eglise qu’ils citaient.

    Je t’avoue qu’une telle remarque, ne fait que confirmer ma théorie. Bien entendu si à l’occasion tu peux me fournir quelques explications pour me montrer en quoi Tertullien peut être invoqué comme un défenseur de l’inerrance alors même qu’il signale que Luc s’est trompé dans son récit (ce qui me parait pourtant incompatible avec l’inerrance), je suis prêt à raviser ma position.

    Même chose pour Irénée. j’aimerai bien savoir quels sont les passages (ou « le », cela suffirait déjà) qui permettent de le présenter comme un défenseur de l’inerrance, alors qu’au contraire , il consacre même quelques pages à expliquer que dans plusieurs de ses lettres, Paul s’est trompé et que ce qu’il avait écrit n’était pas ce qu’il voulait dire … ce qui me parait là encore, difficilement conciliable avec la notion d’inerrance (ou alors je n’ai vraiment rien compris à cette idée d’inerrance).

    3) »je crois que sur l’étude du canon, et sur l’usage des manuscrits, beaucoup de choses ont été dites, et sont bien souvent réfutées dans les dix années qui suivent. De mon point de vue, il faut être prudent. »

    L »étude du canon est un des points (peut être le) qui m’intéresse le plus. Bien sur au fil des années les positions s’affinent et se précisent, mais franchement je ne vois pas vraiment beaucoup de changements depuis bien longtemps . Il y a quelques mois j’ai lu le livre de Reuss sur le canon qui date du XIX ème … et un siècle et demi après, la plupart de son ouvrage est encore valable. Je serais donc là encore bien intéressé, si tu pouvais me fournir plus de précisions.

    Pour éviter de trop dériver sur ce post, je t’invite plutôt à me contacter (quand tu auras le temps et si tu en as envie) , soit par mon blog :
    philochristos.wordpress.com
    soit par mail :
    philochristo@ymail.com
    soit par ma page FB :
    http://www.facebook.com/philochristos
    soit tu peux même me trouver directement dans la liste d’amis de Timothé.

    Bonne fin de journée /bonne soirée

  8. Nicolas Engel dit :

    « On s’est évertué depuis bien longtemps à concilier ces deux données. Tantôt ce fut
    par l’invention d’un petit roman : la corde se sera rompue, ou des
    passants l’auront dénouée, ou la branche aura cassée… et le corps du pendu
    ainsi tombé sur le sol se sera éventré ; toutes suppositions qui
    contiennent plus d’imagination que de vraisemblance » Pierre Benoît, Exégèse et Théologie.

    1. Franck dit :

      Commentaire pertinent qui mériterait approfondissement

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