Pensées secrètes d’une convertie insolite

C’est plutôt sympa de recevoir un livre qu’on souhaitait lire depuis longtemps. C’est ce qui m’est arrivé quand un éditeur m’a donné l’histoire de la conversion au christianisme du professeur Rosaria Champagne Butterfield, une lesbienne militante et leader universitaire dans les « Études Queer ». Le livre s’appelle Les pensées secrètes d’une convertie insolite. Après lecture, voici mon avis.

De quoi parle le livre?

pensees-secretes-d-une-convertie-insoliteLe témoignage de Rosaria est découpé en 5 chapitres. Dans le premier chapitre, elle raconte comment elle a rencontré des chrétiens et été introduite à une fabuleuse communauté chrétienne. Elle explique aussi pourquoi elle a été amenée dans le cadre de ses recherches universitaires à lire et relire la Bible. Le chapitre 2 raconte son « coming-out » et ses luttes face à la perte de ce qu’elle avait de plus cher: sa communauté LGBT. Le troisième chapitre parle d’une grande déception dans sa vie et comment Dieu l’a transformée en bien. Ce fut une phase d’approfondissement pour elle. Elle nous décrit aussi certaines de ses convictions théologiques particulières liées à son union d’Église (j’en parle plus bas). Le chapitre 4 raconte son mariage et leurs premières années de vie commune, leurs adoptions d’enfants, ainsi que leur implantation d’Église échouée. Le dernier chapitre est consacré à la vie dans leur foyer, l’école à la maison pour leurs quatre enfants et leur ministère comme famille d’accueil pour enfants en détresse.

Mon avis

Il y a beaucoup de points positifs dans ce livre et un bémol à relever.

Le parcours de Rosaria est réjouissant bien évidemment. Son regard frais sur les chrétiens est stimulant. J’ai apprécié aussi qu’elle n’y va pas de main morte pour raconter ce qu’elle détestait chez les chrétiens en tant que militante lesbienne, ce qu’elle trouve toujours aussi désagréable et ce à quoi elle s’est habitué.

L’auteur a un bon rythme, un bon style et pas mal d’humour. J’ai lu son livre en quelques heures seulement. Dans l’ensemble, Rosaria sait raconter une histoire (encore heureux pour une professeur de littérature!). Néanmoins, j’ai quelques chagrins avec la traduction française (cf. plus bas « note sur la traduction »)Rosaria-Champagne-Butterfield-Interview.

 

Étant sensible depuis quelques années à la beauté et à l’urgence de l’adoption (et aux difficultés que cela engendre), j’ai lu avec beaucoup d’intérêt leurs aventures dans ce domaine. Leurs adoptions ont été source de beaucoup de joies et de douleurs.

S’il y a une chose que je trouve regrettable chez Rosaria, c’est un manque de maturité dans ses convictions. Qu’elle ait des convictions fermes me réjouit. On ne s’attendrait pas à moins de la part d’une intellectuelle. Mais avec certaines des convictions qu’elle aborde et défend, on a l’impression qu’elle n’a pas encore développé la capacité de distinguer des convictions de premier, deuxième et troisième ordre d’importance, ni de distinguer entre ce que Dieu exige d’elle et de sa famille de ce que Dieu exige de façon normative de tout chrétien.

Pour être clair, je n’ai aucun problème avec le fait qu’elle assume des positions théologiques controversées (ou impopulaires). D’ailleurs, j’en assume quelques-unes moi-même. Ce n’est pas parce que la majorité tend à rejeter une vérité qu’elle cesse d’être vraie. Pourtant, c’est navrant de voir Butterfield essayer de défendre que le principe régulateur exige qu’on ne chante que des psaumes a capella, sans prendre en compte les arguments bibliques contraires à sa position. On a donc l’impression qu’elle a un peu oublié sa formation universitaire pour en arriver à une telle position. Avoir lu et intégré les critiques à sa position (et celle de son union d’Église) aurait renforcé ses propos. J’aimerais savoir par exemple comment elle interprète des passages comme Éphesiens 5.19 qui exhorte à chanter bien plus que des psaumes.

Une note sur la traduction et l’éditeur québecois

J’étais déçu qu’une si bonne plume soit cachée derrière une traduction lourde. Je ne me prononce pas sur la fiabilité de la traduction. Il faut la comparer à l’original pour cela. Mais le texte français sent très fort la traduction et le québecois. La fluidité de la lecture en prend un coup à force d’anglicismes et des mots que les français estiment familiers (qui visiblement ne le sont pas au Québec). Je ne sais pas si une solution existe. Un lecteur québecois qui lit du français de France, trébuche-t-il autant sur certaines de nos tournures?

Conclusion: pour qui est ce livre?

Toute personne qui apprécie une bonne histoire appréciera le témoignage de Rosaria Butterfield. Son livre raconte comme Dieu dans sa grâce est puissant pour sauver qui il veut, sans exception. Un rappel toujours salutaire.

A mon avis, tout le monde trouvera la première moitié du livre fascinante (chapitres 1 et 2). Les trois autres chapitres sont plus spécifiques et intéresseront peut-être plus un lectorat ciblé: les femmes, les parents qui adoptent où qui y réfléchissent, les personnes intéressées par l’école à la maison ou qui pensent à devenir famille d’accueil.

Rosaria-Butterfield

 

Pour aller plus loin

• Procure-toi Les pensées secrètes d’une convertie insolite à la Maison de la Bible.
• Regarde cette interview avec l’auteur [ENG]:

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Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah (5 ans), Théa (bébé) et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est un pasteur diplômé de l’Institut biblique de Genève. Il est le co-fondateur et directeur de ToutPourSaGloire.com. Après 6 ans de ministère pastoral, Stéphane est retourné à un autre de ses amours: les livres. Il est le responsable communication pour BLF Éditions, un éditeur évangélique. Avec son épouse, il a aussi fondé ChezCarpus.com, la première librairie chrétienne de livres d'occasion. Il est aussi le créateur de plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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  • Tribonien dit :

    « [E]lle n’y va pas de main morte pour raconter ce qu’elle détestait chez les chrétiens en tant que militante lesbienne, ce qu’elle trouve toujours aussi désagréable et ce à quoi elle s’est habitué. »

    Intéressant, pourriez-vous étayer un peu s’il-vous-plaît ? Ça pourrait être éclairant.

    « [L]e texte français sent très fort la traduction et le québecois. La fluidité de la lecture en prend un coup à force d’anglicismes et des mots que les français estiment familiers (qui visiblement ne le sont pas au Québec). »

    Avez-vous quelques exemples ? La distance entre la langue parlée et la langue écrite étant assez grande en français, il me semble que le français écrit des Québécois (et autres Canadiens-Français) est pratiquement indistinguable du français écrit des Français de France (et autres francophones européens). À part certaines rares expressions comme « barrer la porte ».

    • Bonjour Tribonien,

      Merci de m’avoir lu. Je te rappelle qu’on demande aux commentateurs d’utiliser leur vraie identité pour commenter sur le site (prénom et nom). C’est la politique depuis environ un an. C’est plus agréable comme ça pour les discussions et généralement les propos « négatifs » sont anonymes et ça nous permet de les effacer sans états d’âmes. 🙂

      Pour te répondre, dans l’ordre de tes deux questions:
      1. Elle développe plusieurs éléments dont l’anti-intellectualisme des chrétiens (p. 22) et leur étroitesse et intolérance (que Butterfield contraste avec l’accueil et la tolérance qu’elle a connue dans sa communauté homosexuelle) ainsi que « leur vision du monde réservée à ceux qui aimaient une vie étroite et bien cadrée ». Elle cite en exemple: voter républicain, l’école à la maison, réfuser les vaccins,. Elle parle aussi de leur orgueil spirituel et d’un esprit de clan (p. 26).
      Voilà je ne développe pas plus. Mais tu trouveras ça facilement quand tu auras acheté le livre.

      2. Quelques exemples, pour parler de l’école à la maison, c’est systématiquement traduit « enseignement à domicile » sans aucun synonyme. « Your cover is blown » est traduit « Votre couverture est dévoilée ». (p. 81) J’ai JAMAIS entendu ça de la bouche d’un français. C’est de la traduction litérale. Dernier exemple: « avoir le support de toute l’Église ». En français, on parle d’avoir le soutien et non le support.

      A+!

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