Est-ce biblique de prier pour le salut de non-chrétiens?

Les questions sur la prière sont aussi importantes que la prière est puissante. Un exemple de la puissance de la prière m’a toujours frappé. La conversion d’Hudson Taylor est un fruit direct de la prière de sa mère et de sa sœur, qui supplièrent Dieu de sauver Hudson[1]. Comment oser à mon tour avoir une telle persévérance dans la prière? Tout d’abord, il faudrait d’être absolument convaincu que Dieu veut qu’on prie pour les non-croyants. La question est donc tout a fait sérieuse et importante: est-ce biblique de prier pour le salut d’incroyants?

Derrière la question, il y a un présupposé: on suppose qu’il faut un précédent biblique pour justifier de prier pour un sujet. C’est à dire que nous avons seulement le droit de prier pour des sujets pour lesquels nous avons des exemples de personnages bibliques priant pour la même chose (ou la même catégorie de choses, ou de la même façon).

Que penser du présupposé derrière la question?

Rechercher un précédent biblique, ce n’est pas forcément un mauvais principe. Perso, je m’en sers aussi.

Par exemple, quand j’enseigne à prier et qu’on me demande si on a le droit de prier le Saint-Esprit, je réponds: “Oui, bien sûr… mais un survol de toutes les prières de la Bible semble indiquer qu’on prie généralement Dieu le Père, parfois Dieu le Fils et rarement (voir jamais) le Saint-Esprit (cf. mon article sur la question: Peut-on aussi parler à Jésus et au Saint-Esprit?).”

Le principe est important, parce que Jésus nous enseigne que si nous prions selon sa volonté, il nous accordera ce que nous lui demandons. (1 Jn 5.14–15). C’est donc essentiel de savoir ce que Dieu veut. Comment connaître la volonté de Dieu? Par la Bible. Ce n’est donc pas bête de rechercher des précédents bibliques avant de prier pour quelque chose. Mais je précise que la recherche d’un précédent biblique est un principe et non une règle gravée dans le marbre.

Mais revenons au principe. La logique est la suivante: si la Bible ne contient pas d’exemples de prières pour des non-chrétiens et si la Bible ne dit pas que Dieu veut sauver les incroyants, je ne devrais pas prier pour cela. Regardons maintenant ce qu’en dit la Bible…

D’après la Bible, peut-on prier pour le salut de non-chrétiens?

La Bible encourage souvent à prier pour le message et les messagers annonçant le salut et parfois à prier pour le salut des auditeurs: les incroyants.

Deux textes semblent justifier et encourager les prières pour le salut des auditeurs. Il s’agit de Romains 10.1 et 1 Timothée 2.1–4. Regardons-les dans l’ordre.

Paul dit, dans sa lettre aux chrétiens de Rome, qu’il prie pour que ses compatriotes incrédules soient sauvés:

Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. (Ro 10.1)

Dans le deuxième texte, l’apôtre Paul nous encourage à prier pour tous les hommes. Si la première phrase ne dit pas qu’il prie pour le salut, sa phrase suivante laisse clairement entendre que le salut de ces hommes est la volonté de Dieu. Alors pourquoi se sentir libre de prier pour eux?:

J’exhorte donc, en tout premier lieu, à faire des requêtes, prières, intercessions, actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position supérieure, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et dignité. Cela est bon et agréable devant Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (1 Tim 2.1–4)

Comment savoir si Dieu va répondre?

On dépasse la question, je vais donc être bref. Dieu étant Dieu, il dépasse notre compréhension. La Bible enseigne que Dieu est celui qui sauve, qu’il désire que “tous les hommes soient sauvés” et que pourtant, tous les hommes ne sont pas sauvés. Cela n’est pas dû à une faiblesse de Dieu (qui serait incapable de sauver certains), mais bien plutôt parce que sa volonté est bien plus complexe que la nôtre.

C’est un peu le même sujet que prier pour la guérison [2]. Dans un sens, Dieu ne prend pas plaisir à notre maladie et notre souffrance (résultats du péché d’Adam et Eve). On pourrait dire qu’il désire que l’on soit guéri. Mais il est tout aussi juste de dire que c’est la volonté de Dieu qu’on souffre pour être aussi participants de la gloire qui est à venir (Ro 8.17–18).

Il semble donc qu’on ne peut pas savoir avec certitude qu’il répondra, mais on peut savoir que c’est sa volonté qu’on prie pour leur conversion.


  1. Sa mère: “Après le repas de midi, elle se retira dans sa chambre, ferma la porte et se décida non seulement à prier pour la conversion de Hudson, mais à ne pas abandonner le combat tant qu’elle n’aurait pas la certitude que sa prière fût exaucée.” Et sa sœur avait fait un vœu à Dieu: “Je prierai chaque jour pour la conversion de Hudson.” Lisez les détails dans Steer, Roger. Hudson Taylor: l’Évangile au coeur de la Chine. Genève: La Maison de la Bible, 1996. (p. 13–15)
  2. Je ne suis pas sûr de l’endroit où placer cette note de bas de page, alors ici conviendra. On pourrait aussi voir un précédent biblique dans l’intercession de certains pour la guérison d’un ami. Prenez par exemple Marc 2.5 qui souligne la foi des amis qui portent le paralysé.

Reçois la Bible sans numérotation de versets et chapitres!

Disciplines spirituelles light

Un cadeau créé par l'équipe TPSG avec la traduction Segond 1910!

Zéro spam. Promis! Powered by ConvertKit

Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est le pasteur principal d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy à 15 minutes de l'aéroport de Lyon St-Exupéry. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Avec Hanna, il a fondé ChezCarpus.com, une librairie chrétienne de livres d'occasion. Il aussi créé plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).Découvrez ici les articles qu'il vient de publier sur son blog.

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

Articles pouvant vous intéresser

9 thoughts on “Est-ce biblique de prier pour le salut de non-chrétiens?

  1. Nico dit :

    Pour l’exemple donné de Hudson Taylor en intro, l’une de ses biographies est beaucoup plus hardie dans sa description des choses, présentant les circonstances de sa conversion d’une manière assez particulière : « Je ne savais pas alors ce qui se passait dans le cœur de ma mère. Elle se leva de table à ce moment-là avec un désir intense de voir son fils se convertir et sentant qu’absente de chez elle et ayant plus de temps que d’ordinaire, elle avait là une occasion particulière de plaider avec Dieu pour mon salut. Elle se retira dans sa chambre, ferma la porte à clef, et décida de ne pas sortir avant d’avoir obtenu l’exaucement. Elle intercéda pendant des heures, jusqu’au moment où elle put bénir Dieu : car Il lui révélait par son Esprit que la conversion de son fils était maintenant un fait accompli… »
    Docteur et Mme HOWARD TAYLOR, HUDSON TAYLOR, Enfance et Jeune, La croissance d’une âme, Vevey, Groupes Missionnaires, 1947

    1. Tout a fait Nico. Merci pour la citation. J’avais la flemme d’en écrire plus. J’en ai juste fait la note de bas de page n°1. 🙂

  2. Stéphane, je suis le plus souvent d’accord avec toi ! 🙂 Mais là, j’ai quelques sérieuses réserves…
    L’exemple, connu, de la mère de Hudson Taylor me laisse dubitatif à deux titres :

    La forme : Hudson Taylor et sa mère sont certes des géants spirituels, si on peut dire. Mais cela ne rend pas leurs expériences,normatives pour autant ! Pense aussi à la doctrine de la 2e bénédiction. N’est-elle pas, pour Hudson, le fruit d’une interprétation subjective d’une expérience spirituelle pourtant réelle ? Dans le cas qui nous occupe, ce qui me pose problème, c’est cette affirmation sans nuance que « Dieu lui révélait par son Esprit que la conversion de son fils était maintenant un fait accompli… » Ne sommes-nous pas ici sur le même terrain glissant des révélations divines parallèles à la Bible que celles du livre de méditations « Un moment avec Dieu » pour lequel vous êtes – avec raison – si réservés ? (Pour les 2 cas, on serait plus rassurés si on lisait : « Voilà ce que je pense avoir compris de la part du Seigneur… ) Mais il y a plus…

    Le fond : Cette intuition de la mère de Hudson laisse entendre que le salut de son fils dépendait entièrement de Dieu qui l’accorde. En un sens, je le crois bien sûr aussi !
    Mais Hudson n’est pas très calviniste quand il laisse entendre que ce salut pourrait quand même être le résultat des prières de sa mère qui a « plaidé » instamment avec Dieu ! On plaide pour convaincre, pour faire changer d’avis ! Problématique, n’est-ce pas, quand on sait que Dieu voulait le salut d’Hudson bien plus ardemment que sa maman ! (comme Jésus voulait glorifier son Père à Cana bien plus ardemment que la sienne !) J’en ai fini avec l’exemple des Hudson, Je continue dans un 2e commentaire, car nous n’avons que frôlé le sujet de ton article de Stéphane !

    1. Salut Claude, oui, peut-être que j’aurais du exprimer mes réserves sur l’expérience de Taylor. Mais si tu lis le paragraphe où je le cite, je m’en sers uniquement comme illustration d’une persévérance dans la prière pour un non-chrétien. Je ne pense pas m’être mouillé dans l’autre sujet. 🙂

  3. Nous sommes certainement tous d’accord que le Nouveau Testament ne nous encourage pas à « plaider » avec Dieu pour le salut des hommes, et ne pourrons certes pas nous appuyer sur l’exemple d’Abraham plaidant pour le « salut » de la ville de Sodome, cas absolument différent ! Mais qu’en est-il effectivement de la « valeur » de la prière en faveur des perdus ?

    D’abord, pourquoi est-ce que je parle de « valeur » de la prière ? Celle-ci serait-elle marchandage ? mendicité ? Dans l’exemple de Marie à Cana, Jésus ne voulait-il pas simplement obtenir de sa mère qu’elle harmonise ses pensées avec les siennes ? N’est-ce pas cela, prier ?

    Ensuite, il me semble que pour la question du salut, mystérieusement, le Dieu souverain à qui personne ne dicte ce qu’il a à faire mêle deux ingrédients apparemment très importants à celui, primordial de sa volonté parfaite : les prières des saints (qu’il conduit !) et, oserai-je le dire, la pleine et entière responsabilité de l’homme à sauver en question !

    Nous touchons là un sujet immense, qui nous dépasse tous ! Mes chers jeunes frères, autant ceux de ce blog que de celui de vos complices du Bon Combat, vous semblez porter une oreille très complaisante aux thèses hyper calvinistes, qui négligent cette responsabilité de l’homme. On le voit bien dans cet article qui n’en pipe mot ! 🙂 Dans ce commentaire déjà trop long, il n’est pas question de traiter ce thème. On pourra peut-être le faire un jour en « off line » pour ne pas ennuyer les autres lecteurs ? Quand tu voudras ou pourras !!) Pour aujourd’hui, je me limiterai aux remarques qui se rapportent à ton article, Stéphane ! Vais essayer d’être bref ! 🙂

    – Tu dis : « Dieu étant Dieu, il dépasse notre compréhension. » –> On est bien d’accord !! Mais je constate (aussi autour de moi) que cet adage vrai sert à nous faire mettre notre raison en veilleuse pour nous faire avaler l’inacceptable ! Cet inacceptable qui prétend que d’un côté, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », mais qu’à un mystérieux autre niveau de sa volonté (Références bibliques ?), en fait, il ne le veut quand même pas ! (Ces 2 niveaux me font penser à ceux que le jeune Watchman Nee avait cru voir en l’homme : les facultés de l’âme – intelligence, affection, volonté – et celles supposées de l’esprit – l’intuition,, l’amour, la… volition !) Redevenons simples, je crois que Watchman l’est devenu, au fil des ans !

    * Il y a effectivement des mystères dans la Bible : la trinité, la double nature du Christ, l’éternité etc. Dans ces cas, l’Ecriture n’essaie pas de nous les expliquer ! : Les choses cachées sont à l’Éternel !
    – Mais il y a une foultitude de textes qui établissent autant la souveraineté de Dieu que la responsabilité de l’homme ! Les choses révélées sont pour nous et nos enfants, et soit il doit y avoir moyen de les comprendre sans avaler sa cervelle, soit Dieu communiquerait mal, ce que personne ne croit ! J’en reste là pour ce sujet.

    Un dernier mot avant de clore : Je trouve ton parallèle entre le salut et la guérison pour le moins hasardeux, Stéphane ! Ceux qui veulent nous convaincre que Jésus a acquis notre guérison à la croix en même temps que notre salut font de même, et tu les réprouves pourtant, n’est-ce pas ?
    Mais même si on l’accepte, je vois difficilement Dieu vouloir en même temps que le même homme soit en bonne santé et qu’il reste malade et meure ! Or, c’est en ces termes qu’il faudrait exposer le parallèle s’il doit avoir une correspondance avec notre problématique, pas parler de sa vague volonté que tous les hommes soient en bonne santé ! Mais là, nous toucherions une autre problématique, celle de l’intervention de Dieu dans la maladie ou la santé des hommes. Et pour ce coup-ci, je crains que nous ne soyons en présence d’un mystère : à Dieu les choses cachées !
    Hop, je t’envoie toute mon amitié, Stéphane ! Ce matin, j’ai fait la connaissance de ton frérot Peter !

    1. Resalut Claude,

      Merci pour le temps que tu prends pour discuter avec nous. Online, c’est très bien, à défaut de mieux. Ces discussions permettent d’aiguiser les arguments et parfois même de voir qu’on était à côté de la plaque.

      Avant de te répondre, je dois dire: Je ne suis pas sûr si ma position a été comprise. Contrairement à ce que tu dis dans ton premier paragraphe, je pense qu’on peut et qu’on doit prier pour le salut de non chrétiens. Est-on sur la même longueur d’onde?

      PS. Perso je mettrait la tension entre la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme dans la même catégorie que la Trinité et la double nature du Christ. Des mystères qui dépassent notre entendement mais qu’on doit affirmer.

      1. Rassure-toi, cher Stéphane, comme tu le vois dans mon 3e paragraphe, je crois fermement au bien-fondé de la prière en faveur des non chrétiens ! Mon épouse et moi, nous prions tous les jours pour que le Seigneur trouve (ou trace) un chemin vers le cœur de ceux de nos enfants qui lui résistent encore ! Nous nous étions bien sûr demandé si nous avions une base biblique pour cela. Et avions trouvé… les deux textes que tu cites !

        Tu as raison de dire qu’il y a tension entre ces deux faits indiscutables : la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme. Mais, contrairement aux « mystères » cités que Dieu n’a pas jugé bon de nous révéler, le Seigneur nous a donné beaucoup d’éléments dans sa Parole pour je ne dis pas comprendre entièrement, du moins appréhender avec sérénité ces deux vérités et ne plus les trouver contradictoires. A mon humble avis, il suffit pour cela de faire deux choses :
        – virer les faux présupposés qui ne viennent pas des Écritures, mais de la force de persuasion de certains enseignants,
        – ne pas occulter d’autres faits, fâcheusement absents des écrits hyper calvinistes (ou, ceux qui, à l’opposé, manquent dans les exposés hyper arminiens !)

        Je ne veux pas monopoliser ce débat, je vais donc en rester là. Mais, attention, je guette la prochaine occasion pour aller plus loin, maintenant que le terrain est un peu déblayé ! 🙂

        1. Salut Claude, j’ai relu ton 3e paragraphe en me disant que j’étais sensé y trouver une défense de la prière pour le salut et je l’ai trouvé, mais avec grand mal! 🙂 Je suis jeune, je ne suis pas souvent confronté aux paragraphes-phrases! 😉

          Je veux quand même rebondir sur une chose, maintenant qu’on est d’accord sur l’affirmation principale de l’article. Tu dis:

          « Mes chers jeunes frères, autant ceux de ce blog que de celui de vos
          complices du Bon Combat, vous semblez porter une oreille très
          complaisante aux thèses hyper calvinistes, qui négligent cette
          responsabilité de l’homme. »

          Je vois ça comme une accusation infondée. 1. Je viens quand même de conclure que c’est notre responsabilité de prier pour le salut de non-chrétiens. 2. Nous, les auteurs des 2 blogs sont tous soient évangélistes, soient régulièrement impliqués dans des actions de proclamation de l’évangélisation. 3. Nous tenons tous, à ma connaissance, comme un mystère la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme.

          1. Je te concède que ma phrase-paragraphe n’est pas de l’écriture la plus d’jeun’ ! 🙂

            Ha ha, je t’ai titillé, Stéphane ! Sans esprit d’accusation, rassure-toi !
            Mais je sais de quoi je parle. J’ai lu – et relu – à ce sujet J. Packer, A. Pink, J. Piper, des hommes de Dieu dont je ne remettrai certainement pas en cause la valeur !
            Et j’ai lu aussi H Blocher, A Kuen et entendu D Shutes, nettement plus modérés, et calvinistes quand même ! 🙂
            Je n’entre pas dans le débat maintenant, sinon on joue au ping-pong, nous deux ! Place aux autres ! Ne vous laissez pas intimider par la présence du papi parmi vous, n’est-ce pas ? :-))

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARCOURS EMAILS GRATUIT
6 jours pour approfondir ma vie de prière
close-link
Les cookies assurent le bon fonctionement de notre site internet. En utilisant ce dernier, vous acceptez l'utilisation des cookies. Lisez notre politique de confidentialité pour en savoir plus.
close-image