LIVRE Le Dieu Prodigue (Timothy Keller)

Lisez Le Dieu Prodigue et vous risquez de découvrir que vous ne connaissez pas une des paraboles les plus connues de Jésus. Ce petit livre de Timothy Keller revisite la parabole du fils prodigue. C’est un des meilleurs livres que j’ai lu cette année. Je le conseille à tout chrétien. Voici mon résumé du livre et un courte critique d’un aspect du livre.

J’avais déjà écouté son excellente prédication sur cette parabole [ENG]. Je me suis donc réjouie de la parution du Dieu prodigue. A sa lecture, on réalise qu’on ne connaissait pas vraiment la vraie parabole. Nous n’avons en tête que la version défiguré par la culture évangélique (et évangéliste ?) : l’histoire d’un fils rebelle qui quitte la maison, gaspille l’argent paternel, pour enfin revenir repentant à la maison. Keller nous montre que ce n’est pas l’histoire d’un fils que Jésus raconte, mais bien celle des « deux fils perdus ». Il affirme en préambule que cette parabole permettra d’arriver « au cœur de la foi chrétienne. » (p.9)

But du livre et son public

Ce livre fera du bien à quasiment tout le monde ! Disons-le franchement: Keller est exceptionnel. C’est très rare qu’un écrivain puisse écrire un même livre pour deux publics très différents et réussir son coup. Mais pas Keller. Il cible très large: chrétiens ET non-chrétiens et il réussit!

Keller explique son but:

Ce petit livre cherche à poser les fondements essentiels du message chrétien, l’Evangile. Il peut donc servir, pour ceux qui connaissent mal ses enseignements ou qui s’en sont éloignés pendant un certain temps, d’introduction à la foi chrétienne.
Ce volume n’est toutefois pas réservé à ceux qui font leurs premiers pas dans la foi. Beaucoup de croyants de longue date pensent bien connaître les principes fondamentaux et ne pas avoir besoin d’un manuel de base. Or, l’un des signes que
l’on ignore la nature unique et radicale de l’Evangile, c’est justement la certitude que l’on a de tout savoir à son sujet. (p.9)

Et je confirme. Chaque chrétien pourra profiter de ce petit livre. Au contact de la Bonne Nouvelle expliquée simplement, on en prend pour son grade et ça fait du bien. En même temps, les mots et les concepts sont simples et un non-chrétien pourra très bien comprendre l’essentiel du livre.

Résumé du livre

Le livre est petit, facile à lire, aborde des sujets de base comme Keller arrive si bien à le faire. Sa thèse est simple: la parabole met en scène deux frères qui représentent deux manières différentes «d’être éloigné de Dieu et de chercher à être reçu dans le royaume des cieux.» Contrairement à la version touchante d’un fils perdu qui rentre à la maison, Jésus aurait cherché par la parabole à «dévoiler nos préjugés. Par cette parabole, il remet en question ce que presque tout le monde pense de Dieu, du péché et du salut.» (p.17)

Les 5 premiers chapitres expliquent la parabole et montrent comment Jésus y redéfinirait Dieu, le péché et le salut. Le 6e chapitre montre comment cette parabole nous aide à comprendre toute la Bible. Le 7e et dernier chapitre est un chapitre de conclusion, où Keller nous montre l’impact dans notre vie de ces enseignements. Il prend l’image de la fête pour décrire 4 sensations qu’on y éprouve. Il explique notamment l’importance de vivre la vie chrétienne en communauté. Un bon chapitre sur l’Église en somme!

Points forts du livre

Keller est très fort dans son analyse de notre société et de la pertinence des définitions bibliques du péché, du salut et de qui est Dieu. Juste pour cet aspect là, le livre vaut la peine d’être lu.

L’autre point fort de Keller c’est toute l’analyse des deux chemins que représentent les deux frères. On connaît tous le jeune frère qui se vautre dans la débauche et revient humilié demander à son père de le reprendre comme serviteur. On prêche cette histoire pour montrer l’amour de Dieu pour le pécheur qui se repent. Mais Keller va plus loin en montrant le péché perfide du grand frère. J’ai vraiment été aidé à comprendre l’attitude du « frère ainé » (que je suis). Au chapitre 4, Keller donne les signes qu’on est peut-être un frère ainé. Il a vraiment une bonne analyse.  Voici quelques citations sur le sujet :

Si nos églises n’attirent pas les jeunes frères, c’est qu’elles doivent être davantage remplies de frères aînés que nous ne le pensons. (p.22)

Les cœurs des deux frères sont identiques. […] chacun se rebelle, mais l’un des deux le fait en se laissant aller au mal, l’autre en affichant un très bon comportement. Tous deux sont loin du cœur du père, tous deux sont perdus. (p.39)

Il y a deux façons pour nous d’être notre propre Sauveur et Seigneur: transgresser toutes les règles morales et accomplir nos quatre volontés ou respecter toutes les règles morales et nous comporter à la perfection. (p.45)

Quelques limites

Keller a beau être exceptionnel, j’ai quand même une réserve. Il semble aller trop loin avec la parabole. Autant je crois que son interprétation de base est correcte, autant je suis moins convaincu par la façon dont Keller manie la parabole. En bref, Keller dit de très bonnes choses dans son livre, mais parfois, il est coupable d’«enseigner les bonnes doctrines à partir du mauvais texte».

Il fait au moins deux choses qui me semblent suspectes : 1. Trouver trop de détails et de sens dans les petits éléments (et non-dits) de la parabole ; 2. Faire de la parabole une porte d’entrée pour comprendre toute la Bible (cf. le but du Chapitre 6). Je vais me concentrer sur le point 1 dans ces quelques lignes. D’abord en citant des exemples de ce qu’il fait, puis je vais terminer en montrant pourquoi ce n’est pas une bonne façon d’interpréter une parabole.

Keller dit que par la parabole Jésus redéfinit les notions «de Dieu, du péché et du salut.» Cela explique certaines affirmations étonnantes. Par exemple:

«Si Jésus n’avait pas raconté cette parabole, nous n’aurions jamais eu une compréhension aussi profonde du « péché. »» (p.39)

Vraiment ? Pourtant, d’autres textes enseignent en détail sur le péché (par ex. Romains 1, 2,3 et 7, Matthieu 5-8 et 1 Corinthiens 13) !

Deux autres exemples:

«En plaçant un frère aîné indigne dans l’histoire, Jésus nous invite à en imaginer, à en rêver, un meilleur. Et nous en avons un!» (p.78)

«Au fond, sous des comportements radicalement différents, les deux frères ont la même motivation et le même but. Ils se servent de leur géniteur de façon différente pour obtenir ce qui leur tient vraiment à cœur. Ils pensent que c’est la richesse qui les rendra heureux et épanouis, pas l’amour paternel.» (p.41)

Là encore, c’est aller à trop loin, il me semble. Est-ce que c’est possible que Jésus avait une telle intention? Oui, Jésus étant l’être le plus intelligent du cosmos, c’est tout a fait possible qu’il avait une telle intention. Mais est-ce que c’était son intention que nous comprenions par cette parabole que ce n’est pas l’argent qui nous rendra heureux ou que nous comprenions par la parabole que Jésus est le vrai grand frère? J’en doute. Oui, Jésus savait que Keller allait 2000 ans faire cette interprétation. Mais je doute que c’était l’intention de Jésus. Car c’est un sens qui est caché au lecteur lambda. Ça fait un bon livre de le dire, mais probablement pas de la bonne exégèse de la parabole.

Comprenez-moi bien. Je crois que Jésus avait une intention précise en racontant la parabole. Mais ce n’est pas nécessaire d’attribuer un sens à chaque élément de la parabole. Parfois Jésus interprète lui-même ses paraboles et montre qu’il y a effectivement un sens. Mais souvent, ce n’est pas nécessaire de faire cela. Par exemple, Jésus raconte deux autres paraboles dans Luc 15 avant de raconter celle des fils perdus. La deuxième dépeint une femme qui perd une pièce et nettoie toute la maison pour retrouver l’argent. On ne va pas attribuer un sens à la lampe de la femme (15.8) pour dire que Jésus voulait nous rappeler qu’il est la lumière. De même, Keller part d’une parabole pour expliquer toute la Bible, Dieu et l’Evangile. Je pense qu’on conviendra que ce n’était pas le but de la parabole. Jésus était probablement en train de nous enseigner un aspect de la Bonne Nouvelle.

Je ne vais pas multiplier les exemples. J’espère avoir été c’est clair. Ce que Keller dit est juste, mais parfois, ce n’est simplement pas dans le texte biblique qu’il traite.  Cette critique ne cherche pas à vous dissuader de lire Le Dieu prodigue. Au contraire, je pense que c’est un bon livre, mais qu’il faut le lire en connaissance de cause: parfois Keller enseigne les bonnes choses à partir des  mauvais textes.

Conclusion

Avec Le Dieu Prodigue, Keller nous offre un excellent petit livre. À part ma réserve sur certains endroits où Keller tire trop sur la parabole, je ne peux que vivement conseiller ce livre. L’analyse de notre cœur est fine, l’application de l’Evangile à notre péché est faite avec soin. Le livre regorge de citations à ruminer. Achetez-le, lisez-le, offrez-le. Qu’il nous aide à réaliser la beauté de l’Evangile de Jésus-Christ.

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Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est le pasteur principal d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy à 15 minutes de l'aéroport de Lyon St-Exupéry. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Avec Hanna, il a fondé ChezCarpus.com, une librairie chrétienne de livres d'occasion. Il aussi créé plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).Découvrez ici les articles qu'il vient de publier sur son blog.

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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