Comment démarrer un réveil dans l’Église? Survol historique des réformes

Il y a une erreur à éviter quand on parle de réformes de l’Église. Il faut résister à la tentation de ne penser qu’à « la Réforme. » La Réforme protestante est certes la réforme la plus connue de l’histoire de l’Église: celle qui a divisée l’église catholique romaine et a donné naissance au protestantisme. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a eu des réformes avant la Réforme et il y en a eu d’autres depuis. Faisons un survol historique rapide et regardons quel est le point commun de chacune de ces réveils spirituels.

Les premières réformes commencent dans la Bible

Les réformes commencent tôt dans l’histoire de l’Église. Le peuple de Dieu a vécu des réformes déjà dans l’Ancien Testament sous les règnes des rois Josaphat (2 Chr 17.7-9) et Josias (2 Chr 34-35) . C’est aussi ce qu’ils vécurent sous le leadership de Néhémie (Né 8.1-12).

Ces réformes étaient caractérisées par un retour à l’enseignement de la loi de Dieu (Né 8.7-8) et une réaction contrite du peuple de Dieu (Né 8.9). On pourrait aussi parler des nombreuses réformes à l’époque de juges en Israël. Le cycle de la vie spirituelle du peuple dans le livre des juges est célèbre: Rébellion, Répression, Repentance, Rédemption et Repos.

Les réformes dans le Nouveau Testament

Ensuite, dans le Nouveau Testament, deux figures appellent à la réforme: Jean le baptiseur et notre Seigneur Jésus. Les évangiles résument leur prédication par une phrase identique: « Repentez-vous car le Royaume des cieux est proche » (respectivement Mt 3.2 et 4.17). C’est un appel à changer de vie et à revenir à une vie conforme à la volonté de Dieu. En effet, les disciples de Jean se faisait baptiser « en confessant leurs péchés » (Mt 3.6).

On pourrait aussi citer la réformation du peuple de Dieu dans le livre des Actes. Ils ont du mal à comprendre (ou accepter) que l’Évangile est dorénavant pour toutes les nations. Progressivement l’Église est amené à être en conformité avec la volonté de Dieu. D’une communauté strictement juive (Ac 2), elle passe par la réunification avec les cousins Samaritains (Ac 8), jusqu’à l’ouverture de l’Église à toutes les nations (Ac 10-11). On pourrait parler de réforme. Mais celle-ci est un peu particulière (à l’image de la difficulté des Actes): la réforme n’est pas exclusivement basée sur les écritures. Mais notons que lorsqu’en Actes 15, les points non-résolus de l’ouverture font surface, Jacques (frère de Jésus) cite la Bible (Ac 15.15-18 où il cite Am 9.11-12) pour justifier que les païens sont aussi les bénéficiaires de l’Évangile.

NOTE: le livre d’Hébreux parle aussi d’une réforme et utilise même le mot! Il s’agit d’Hébreux 9.10 qui parle des lois cérémonielles sur le manger, le boire et les ablutions, “imposées jusqu’à un temps de réforme”.

Les réformes du peuple de Dieu au moyen-âge

L’historien Neal Blough commente la suite de l’histoire de l’Église dans son article « Réveil ou ecclesia semper reformanda? »:

Il existe depuis les origines de l’Église (sans parler de la période de l’Ancien Testament) une tension entre l’idéal du message de l’Évangile et la perception de la réalité vécue par les chrétiens eux-mêmes. La prédication et l’enseignement constants de l’Évangile génèrent de façon presque automatique une évaluation de l’état « réel » de l’Église. […]
La notion de réforme se trouve donc ainsi inscrite dans le programme de l’Évangile et de l’Église. Première, il y a des critères normatifs pour la vie d’Église (l’incarnation,[1] l’Écriture). Deuxièmement, la réalité du mal et du péché fait en sorte que l’infidélité demeure une réalité. Il y a soit «chute», soit «endormissement». S’ensuit troisièmement une prise de conscience et un effort de renouveau, de réveil, de réforme, de restitution.[2] […]

Ces cycles d’endormissement et de réforme se retrouvent tout au long de l’histoire, même dans la période médiévale, époque « inconnue » à nous autres évangéliques et donc souvent la victime de notre ignorance.

Mark Noll dit que les réformes médiévales avaient une influence très positive sur l’Église: « les mouvements monastiques médiévaux furent à l’origine de presque tout ce qu’il y a eu de positif et de durable dans la vie de l’Église de 350 à 1400.[3] »

C’est important de noter que Noll relève 5 caractéristiques des mouvements réformateurs de la période médiévale, dont « un retour à la lecture et à la méditation de l’Écriture[4]. »

La Réforme protestante

Puis on arrive à la réforme la plus connue: la Réforme! Blough fait cette observation sur le contexte historique de la Réforme:

Ainsi, au XVIe siècle, ce ne sont ni Luther ni Calvin qui « inventèrent » le terme de « réforme ». L’Église avait connu de nombreuses réformes depuis ses origines. Et depuis la fin du XIVe siècle, tous, sauf peut-être ceux qui avaient trop à perdre, s’accordaient pour dire que l’Église était malade et qu’elle avait besoin de réforme.[5]

Des prêtres catholiques, tels que Martin Luther, avaient remarqué que la doctrine et la pratique de l’Église catholique romaine n’étaient pas en conformité avec certains enseignements de la Bible.

En voulant attirer l’attention de Rome sur ces dérives, ces hommes ont mis en route une véritable révolution. Mais Luther est clair: il n’est pas l’auteur de la Réforme. C’est Dieu qui en est l’auteur, par le livre qu’il a inspiré et donné aux hommes: La Bible.

Luther le dit ainsi:

Je me suis opposé aux papistes sans recourir à la violence. Je n’ai fait que mettre en œuvre la Parole de Dieu. Je n’ai rien fait d’autre. Cette Parole, tandis que je dormais, a tant fait pour affaiblir la papauté que jamais ni prince ni empereur ne lui ont fait tant de mal. Ce n’est pas moi qui ai fait cela. Seule la Parole, propagée par mes écrits et ma parole ont fait cela.[6]

Conclusion

De ce rapide survol, il faut surtout remarquer que la première et toutes les réformes du peuple de Dieu étaient déclenchées par un retour à l’Écriture. Les croyants avaient soif et recevaient humblement les paroles de la Bible comme seule autorité absolue en matière de doctrine et de pratique.

Voyez-vous d’autres réformes dans la Bible?

[1] J’avoue ne pas savoir ce qu’entend l’auteur par ce « critère normatif » de « l’incarnation », qu’il met au même niveau que l’Écriture.
[2] Blough, “Réveil ou ecclesia semper reformanda?,” 32.
[3] Cité in ibid.
[4] Notons que la page de l’ouvrage de Noll citée par Blough ne semble pas être correcte. Ibid., 38.
[5] Ibid., 33–34.
[6] Luther, cité in Blandenier, Luther & Calvin, 160.

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Stéphane Kapitaniuk

Disciple de Jésus. Mari de Hanna. Papa de Noah et de 3 enfants repris dans le ventre de leur maman. Stéphane est le pasteur principal d'une implantation d'Église à Pont de Chéruy à 15 minutes de l'aéroport de Lyon St-Exupéry. Stéphane est diplômé de l’Institut biblique de Genève. Avec Hanna, il a fondé ChezCarpus.com, une librairie chrétienne de livres d'occasion. Il aussi créé plusieurs formations pour le logiciel biblique Logos (dont cette mini formation gratuite).Découvrez ici les articles qu'il vient de publier sur son blog.

https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com

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5 thoughts on “Comment démarrer un réveil dans l’Église? Survol historique des réformes

  1. Peps Cafe dit :

    Bonjour !

    « J’avoue ne pas savoir ce qu’entend l’auteur par ce « critère normatif » de « l’incarnation », qu’il met au même niveau que l’Écriture », dis-tu, Stéphane.

    La lecture du paragraphe cité, dans son contexte(Le texte de Blough peut se lire ici : http://www.flte.fr/pdf/pdf287.pdf), me paraît donner une explication. Pour répondre, je dirai que Dieu a parlé et s’est révélé par Sa Parole : la Parole « faite chair »(incarnée) et la Parole écrite. Elles témoignent respectivement l’une de l’autre et ne s’opposent pas. De là, se pose la question du témoignage visible de l’Eglise, en tant que corps de Christ : « L’Eglise invisible », avec un « grand E », connaissant une forme nécessaire d’incarnation dans l’Eglise visible, et l’église locale, avec « un petit e ».

    Concernant l’incarnation, nous pensons à Jean 1, mais aussi à 1 Jean 1v1-3 : Dieu s’est révélé en Christ, soit sous une forme audible, visible, tangible. Et Dieu a été ainsi reçu par des oreilles, des yeux, des mains d’hommes. Les premiers chrétiens témoignent, et partagent à leur tour de façon tangible(par la proclamation mais aussi par l’affirmation) la réalité de leur communion avec Dieu.

    Voir aussi ce que l’on peut lire dans « La revue réformée »: « …ce qui s’applique au Christ, dans son incarnation affecte également l’institution ecclésiale. A un degré différent, certes, mais en des ambiguïtés plus fortes encore! Dans cette perspective, les précarités de l’institution ecclésiale ne sont pas la preuve que celle-ci aurait perdu de sa pertinence, même si certains le ressentent comme tel. Cette précarité apparaît, au contraire, comme une des formes qui conditionnent la transmission de l’Evangile. Elle crée un lieu dans lequel la foi peut émerger de façon particulièrement significative. Elle est aussi un reflet de l’effacement volontaire de Dieu dans sa manière d’entrer en relation avec les humains. L’institution ecclésiale est le vase de terre dans lequel il plaît à Dieu de communiquer son grand trésor. » cf http://larevuereformee.net/articlerr/n210/leglise-levenement-et-linstitution

    1. Merci Peps d’essayer m’expliquer ça. Tu veux essayer encore en une seule phrase? En quoi l’incarnation est-elle un critère normatif pour l’Église?

      1. Peps Cafe dit :

        Bonjour Stéphane,

        « En quoi l’incarnation est-elle un critère normatif pour l’Église? »
        J’y ai déjà répondu. Sinon, je redirai encore qu’il s’agirait d’un caractère normatif d’inspiration à visée pratique(« éthique », « moral »), face aux dangers et aux dérives d’une théologie désincarnée(cf les écrits de Jean, not.).
        Et toi-même ? Veux-tu essayer encore de nous partager ce que tu as saisi, depuis, concernant ce « critère normatif » de « l’incarnation », mis ici au même niveau que l’Écriture » ?

  2. Kanmacher Jean-georges dit :

    Salut Matthieu et Stéphane,

    Merci pour ce bon article sur les Réformes dans l’Eglise.
    Effectivement, le mouvement monastique que nous les évangliques connaissons très
    peu, avait beaucoup de choses positives et ils étaient souvent précurseurs dans
    beaucoup de domaines.

    De ce temps là, c’était le monde qui s’orientait d’après les
    découvertes et innovations des divers ordres monastiques. Aujourd’hui, c’est
    malheureusement les chrétiens qui courent derrières les découvertes et
    innovations du monde.

    Nous les chrétiens, avons perdu ce rôle de précurseurs
    d’aujourd’hui !!!

    Je pensais, que vous alliez encore un peu poursuivre
    l »histoire des réformes, au-delà de la Grande Réforme ? Mouvement de Réveil et
    autres ?

    Par ailleurs, c’est vrai que toutes les réformes était issues d’une
    retour à la Parole de Dieu, mais je pense également, qu’il faudrai aussi parler
    du rôle de la prière dans toutes réformes et réveils.

    Toutes réformes ou réveils sont issues de quelques personnes qui sont
    revenues à la Parole et qui ont priés pour un changement de vie. Les Réformes et
    réveils commencent donc toujours par la prière et un changement de vie, au sein
    de l’église.

    Prions donc, que l’Eglise de Jésus Christ ne s’assoupisse pas, mais
    retrouve une vie vivifiante et stimulante pour être témoin de ce monde qui va à
    la dérive. Nous les évangéliques, ne sommes pas exclu de ce danger
    d’assoupissement et de traditions qui font également irruption dans nos milieux
    évangéliques.

    Merci en tout cas, pour tout Le travail, que vous vous faitent pour
    communiquer vos réflexions.

    Fraternellement, Jean-Georges Kanmacher.

    1. Merci pour ton retour encourageant Jean-Georges!

      Effectivement, ce n’est qu’un bref survol et il y a probablement d’autres facteurs. Mais c’était le facteur commun que soulignaient les deux historiens que je trouvais intéressant.

      Quant à la prière, je pense qu’un réel retour à la Bible et la prière sont inséparables. Je pense par exemple à la méthode d’étude de la Bible de Luther (« prière, méditation et épreuves ». Elle était imbibée de prières! Cf. cet article de John Piper sur les trois points de Luther: http://www.desiringgod.org/articles/luthers-rules-for-how-to-become-a-theologian

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